Les mutations sociales et culturelles de la société française et leurs limites (1974-1988)

 

 

Quelles sont les mutations sociales et culturelles de la société française ? Comment expliquer ces transformations ? Quelles sont éventuellement leurs limites ?

 

I Un nouveau contexte démographique, social et culturel.

a)      Evolution démographique

A la suite de la Seconde Guerre mondiale, on assiste à une élévation de la natalité en France, jusqu’à 1965. Le baby boom qui en résulte est à l’origine d’un rajeunissement de la population française.

 

b)      Transformation de la population active

 

Dans le contexte des trente glorieuses, la structure de la population active s’est transformée. On observe pour commencer une féminisation de la population active. En 1960, le taux d’activité des femmes de 25 à 49 ans est de 39,9%. Il faut dire que  la législation émancipe progressivement les femmes. En 1965, elles ont le droit de travailler sans l'accord de leur mari et de disposer librement de leur salaire (ouverture d’un compte en banque par exemple). Ce phénomène accompagne la tertiarisation croissante de la population active mais il s’explique aussi  par la recherche d’une main d’œuvre bon marché dans l’industrie. C’est le même souci qui explique le recours à la main d’œuvre étrangère. Par exemple, en 1964  la France signe une convention avec le Maroc pour permettre l’arrivée en France d’ouvriers marocains. Peugeot envoie des émissaires en Algérie pour recruter On assiste alors à une diversification de l’origine des travailleurs étrangers. La population étrangère passe de 1.7 d'étrangers en 54 à 3.4 millions en 75. Jusqu’à cette date, les immigrés d’origine européenne restent majoritaires (61%). Les maghrébins ne représentent alors près de 39% des migrants en 1975.Mais c’’est l’époque où les bidonvilles (première mention du mot à Casablanca dans les années 30) de Nanterre et d’ailleurs sont peuplés de travailleurs maghrébins, portugais, espagnols ou italiens.

 

c)      L’évolution des mentalités.

Mai 68 marque la volonté d’une génération de s’affranchir du modèle social dominant. Le paternalisme est contesté. L’égalité des sexes comme la liberté sexuelle sont revendiquées.

 

II   à l’origine de revendications et de mesures politiques.

 

a)      Le combat des femmes pour l’égalité des droits

E n 1949, dans le « Deuxième sexe », Simone de Beauvoir démontre comment dans nos sociétés patriarcales, les femmes restent sous la domination des hommes à travers le mariage, les traditions, la religion, etc…Elle déclare également qu’ « on ne nait pas femme mais qu’on le devient »  à l’issue d’un processus de construction sociale du genre.  Ce livre devient l’une des références des mouvements féministes et les progrès réalisés par la suite en matière d’égalité femmes/hommes sont le résultat de leurs luttes.  Dans le contexte de 1968 et du début des années 70, est créé le Mouvement de Libération des Femmes (MLF- Antoinette Fouque, Monique Wittig-Christine Delphy).  Pour obtenir le droit à la contraception et à l’avortement, les féministes organisent des manifestations dont les slogans sont par exemple : « pas d’enfants à la chaine, pas de chaines pour les enfants ». Des pétitions sont élégamment lancées comme celle rédigée en 1971 à l’initiative de Simone de Beauvoir intitulée «  Manifeste des  343 »  parfois désignée comme le « Manifeste des 343 salopes ».

b)      Les mesures de la droite.

En 1965 ? sous le gouvernement de Georges Pompidou, Les femmes obtiennent le droit de travailler sans l'accord de leur mari et de disposer librement de leur salaire (ouverture d’un compte en banque par exemple). En 1967, toujours sous Pompidou, la loi Neuwirth autorise la contraception. Désormais, les femmes et plus largement les couples, peuvent contrôler leur fécondité et être plus libres dans leur sexualité. A partir de 1970, l'autorité parentale devient  conjointe.  A son arrivée au pouvoir, l’UDF (droite libérale) Valery Giscard D’Estaing décide de faire passer l’âge de la majorité à 18 ans. En janvier 1975, au prix d’un dur combat parlementaire, la loi Veil légalise l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Concernant l’immigration, dans un contexte de crise et de chômage croissante, à  partir de 1974, seul est désormais accepté le regroupement familial. Le démographe Hervé Le Bras y voit un moment important dans l’installation quasi définitive de populations issues de l’immigration. Puisque les allers-retours entre pays de départ et pays d’origine deviennent plus difficiles. En1975, la loi Haby crée le collège unique en faisant disparaître les différentes filières  

c)      L’arrivée de la gauche au pouvoir et ses décisions politiques

Le socialiste François Mitterrand est élu président de la République en mai 1981. Il prend alors avec son gouvernement des mesures fortes concernant la justice et la société. C’est ainsi que la peine de mort est abolie en 1981, à l’initiative du garde des sceaux Robert Badinter.  Le temps de travail passe de 40 à 39h. Une cinquième semaine de congés payés est accordée. L’homosexualité est dépénalisée. En ce qui concerne l’immigration, les conditions d’accès au titre de séjour sont assouplies et les immigrés clandestins sont régularisés. Sur le plan culturel, en 1981 est décidée la fin du monopole d’Etat sur les ondes radiophoniques permettant à plus de 1000 radios dites libres d’émettre sur le territoire. En 1982, le ministre de la culture Jack Lang crée  la fête de la Musique.

 

 

III Les limites des transformations de la société française.  

a)      La perception de l’immigration.

 

A partir de 1974, le pourcentage de la population immigrée dans la population totale se stabilise autour de  7%.  Pourtant, dans les années 70-80, les  réactions racistes et xénophobes  ne disparaissent pas. Les migrants d’origine africaine et leurs descendants font parfois l’objet de violences et de vexations. Il semblerait alors  que l’immigration économique espagnole ou portugaise soit plus facilement acceptée  même si les moqueries ne sont pas rares (image de la bonne portugaise à l’accent chuintant, stéréotypes associés aux personne d’origine ibérique). Face à ces comportements hostiles, afin d’être mieux acceptés des jeunes issus de l’immigration organisent en 1983, « la marche pour l’égalité et le racisme » rapidement surnommée la « marche des beurs »

 

 

b)      Les limites de l’évolution de la place des femmes dans la société

 

Certes les mentalités ont évolué et des mesures ont été prises mais  des progrès restent à faire pour mettre en place l’égalité femmes/hommes. Pa exemple dans le domaine politique,  pour la période qui nous intéresse le pourcentage de femmes députés à l’Assemblée nationale passe de 4% à 5.6 % seulement.  Dans le domaine du travail, certes l’écart de salaire entre les femmes et les hommes à temps complet dans le secteur privé se réduit en passant de 50% à 35% entre 1973 et 1988 mais il demeure important.  Ce sont des indicateurs parmi d’autres des progrès qui restent à faire dans ce domaine.

 

c)      L’homosexualité reste un tabou.

 

Malgré la dépénalisation de l’homosexualité, celle-ci peine encore à être acceptée dans la société. Le cinéma, la chanson sont encore parfois le reflet des stéréotypes et des a priori concernant les homosexuels. Dans les années 80, concernant l’épidémie de Sida qui touche tout le monde mais qui concerne fortement la communauté homosexuelle, certaines associations comme Act up estiment que les efforts scientifiques et institutionnels sont insuffisants pour lutter contre la maladie.

 

Conclusion : certes la société française se transforme dans le courant des années 70-80. Avec elle, les mentalités et la législation évoluent parfois au prix de véritables luttes. Mais à la fin des années 80, d’autres progrès restent à faire. La question se pose alors de savoir s’il faut légiférer pour faire évoluer les consciences.