La révolution iranienne marque l’émergence de l’islamisme
sur la scène politique et internationale
De nombreux films tels que celui de Marjane Satrapi, Persepolis ou encore celui de Jafar Panahi, Taxi Téhéran rappellent
les conséquences sur la population iranienne de la révolution chiite en 1979. A
y regarder de plus près sur le long terme, on observe que cet Etat de 1 648 195
km2 qui compte aujourd’hui plus de 77 millions habitants est représentatif de
l’affirmation sur la scène politique internationale d’un islamisme politique
parmi d’autres.
Quelles
sont les origines de la Révolution iranienne ? Comment se
déroule-t-elle ? Quelles en sont les conséquences politiques et
géopolitiques internationales ?
I Les origines de
l’islamisme politique et de la révolution iranienne.
a) Contexte.
L’Iran est l’héritier d’une civilisation et d’une puissance prè-islamlque :
l’empire perse. Certes le pays a été islamisé à partir du 7ème
siècle mais il conserve sa langue et sa culture.
En dépit de cette résistance culturelle, il convient de rappeler que l’Iran
n’est pas un pays monolithique. Il abrite aujourd’hui encore plusieurs groupes
ethniques et religieux. Les persans
chiites représentent l’essentiel de la population. Mais il faut compter
également avec d’autres populations. Il y a en Iran des arabes, des azeris, des baloutchs. Les kurdes
présents dans le nord souhaitent s’unir pour créer un Etat souverain. L’Iran
est donc un Etat multiethnique qui
n’est pas à l’abri des revendications de nationalités. Pour comprendre la situation iranienne, un
peu de géographie s’impose. Le pays détient
9% des réserves prouvées de
pétrole. Il possède également du gaz. Situé sur la rive nord du Golfe Persique il dispute au sultanat d’Oman et aux
Emirats Arabes Unis le monopole du contrôle
du détroit d’Ormuz par lequel transite 30 à 40% du pétrole mondial. Les frontières avec l’Irak issues des
accords de 1975, constituent un autre motif de conflit.
Frontières : limite séparant
la souveraineté respective de deux Etats.
Ressources : éléments du milieu
exploités par une société pour satisfaire ses besoins
Chiites : 10 % des musulmans, estiment que le
califat appartient de droit aux descendants du prophète et n'acceptent pas
l'éviction d'Ali le gendre du prophète, assassiné en 661. Dans le chiisme,
l'imam et les ayatollahs, sans constituer un clergé, conduisent la communauté
des croyants. En Iran, les Chiites représentent plus de 80% de la population.
Sunnites : Le sunnisme reconnaît la succession
califale après Ali. Le sunnisme est divisé en quatre écoles qui n'accordent pas
la même importance au Coran, à la Sunna et aux Hadiths. Les sunnites représentent
la grande majorité des musulmans dans le monde.
b)
Les origines de la Révolution iranienne.
L’Iran a durablement échappé à la
domination coloniale. Pendant, la Première Guerre mondiale, l’Iran qu’on
appelle alors la Perse, reste neutre. Mais son territoire est convoité par les
Russes et les Britanniques pour son pétrole. En 1919, les Anglais tentent sans
succès d’imposer un protectorat sur l’Iran. Un conflit concernant les revenus
de l’exploitation du pétrole oppose la compagnie britannique anglo-persian puis anglo-iranian
au dirigeant iranien Reza Chah Pahlévi. Le pays est déstabilisé à l’occasion de
la Seconde Guerre mondiale. Reza Chah Pahlévi doit alors abdiquer au profit de
son fils Mohammed Réza Pahlévi, qui devient à son tour Chah d’Iran (ou Shah). Mais au sortir de la Seconde Guerre mondiale,
les soviétiques tentent de déstabiliser le pays en soutenant en 1946 la
sécession de l’Azerbaïdjan. Ils cherchent à obtenir une concession pétrolière
mais ils échouent. En 1951, le premier ministre nationaliste du Chah d’Iran, Mossadegh,
décide de nationaliser l’industrie
pétrolière alors que la production de pétrole iranien est passée de 83000
tonnes en 1913 à 7,2 millions de tonnes en 1949. Cela entraîne une crise grave
avec le Royaume-Uni. Mossadegh est finalement renversé par un coup d’Etat
militaire en août 1953 avec l’aide de la CIA. L’Iran se rapproche alors très
clairement des Etats-Unis en signant le pacte
de Bagdad qui complète l’ensemble des systèmes d’alliance militaire (SAM)
autour de la superpuissance occidentale. Le Chah d’Iran engage donc, à marche
forcée, son pays dans une politique de modernisation sur un modèle occidental
dont reste exclue une bonne partie de la population. Dans ce contexte, le discours islamiste trouve un écho
favorable dans la population. L’islamisme politique n’est pas une nouveauté. Il apparaît en 1920-1930 avec des figures
comme Ibn Banna. Il est théorisé
dans les années 60 par des idéologues comme le Pakistanais Mawdoudi,
l’Égyptien Qotb ou enfin l’ Iranien
Khomeini. Le discours islamiste s'implante dans les sociétés dans les années 70,
notamment dans le contexte des guerres
israélo-arabes (1967-1973) et de la crise
économique.
Pacte de Bagdad : il associe aux Etats-Unis en
1955, le Royaume-Uni, la Turquie,
l’Iran, le Pakistan et l’Irak.
Protectorat : territoire demeurant souverain, en
principe, sur le plan intérieur avec le maintien de ses autorités
traditionnelles mais qui délègue un certain nombre de pouvoirs à une puissance
étrangère dans le domaine de la défense, de la diplomatie et du commerce.
II La mise en place d’un
Etat et d’une puissance islamiste.
a)
La Révolution iranienne réalise le projet islamiste.
Comme ce fut le cas dans plusieurs révolutions
par le passé, la révolution islamiste iranienne est le résultat d’un mouvement
général soutenu par la population mais accaparé par un groupe politique
particulier. En effet, le 16 janvier 1979, le chah d'Iran, est renversé par plusieurs mouvements d’opposition. L'ayatollah Khomeyni rentre de son exil
français le premier février 1979 et les islamistes qu’il dirige parviennent
progressivement à s’imposer seuls au pouvoir. L’Iran devient alors une
république islamique. La charia est appliquée.
Charia : loi islamique qui s'applique au
droit des personnes (mariage, héritage, statut de la femme) comme au droit
pénal et public, qui prévoit des peines contre les crimes religieux.
Islamisme :
c’est
un projet qui vise à ré-islamiser la société et
à créer un système politique totalisant qui gérerait tous les aspects de
la société, de l'économie en s'appuyant sur les seuls fondements de l'Islam
(Olivier Roy).
Ayatollah : autorité religieuse de
haut rang du clergé chiite.
b)
Le pays cherche dès lors à s’affirmer comme une puissance.
Dès 1979, les « gardiens de la Révolution »
prennent en otage les employés de l’ambassade américaine à Téhéran. Le président, américain Jimmy Carter échoue à les faire libérer.
C’est le début d’une animosité durable entre
l’Iran et les Etats-Unis.
Très vite l’Iran fait face à des
rivalités régionales. L’irakien Saddam
Hussein redoute la contagion islamiste chiite et lorgne sur des territoires
riches en ressources du pays voisin. Saddam
Hussein champion du panarabisme apparaît
alors aux yeux des occidentaux comme un
rempart arabe, nationaliste, sunnite et potentiellement laïc face aux chiites
islamistes. Les deux pays s’engagent
donc en 1980 dans un conflit qui se
solde en 1988 par un retour à la situation d’avant guerre et fait entre
500 000 et 1 000 000 de victimes. Pour certains, cette guerre
Iran-Irak est la première guerre du golfe. De son côté le Royaume
Saoudien de tradition sunnite wahhabite accepte mal l’arrivée de ce concurrent
qui conteste sa légitimité à protéger
les lieux saints de l’Islam.
Malgré tout, l’Iran se perçoit très vite comme
une puissance régionale capable
d’influencer certains de ses Etats voisins. Ainsi, l’Iran est un soutien du Hezbollah chiite libanais.
Par cet intermédiaire, il est capable de jouer un rôle dans la vie politique du
Liban. A l’époque, l’Iran soutient également l’alaouite Hafez al-Assad en Syrie. L’Iran s’affirme également comme
l’ennemi déclaré d’Israël dont il souhaite la disparition. Pour finir, l’Iran
est en mesure d’étendre son influence au-delà de la région. C’est ce qu’à
révélé l’ampleur prise par la condamnation par fatwa en 1989 de l’écrivain, Salman
Rushdie, auteur des Versets
Sataniques.
Fatwa : décision à
vocation juridique prise par une autorité religieuse islamique.
Wahhabisme : islam sunnite puritain.
Conclusion : Ce n’est donc
pas dans un pays arabe que se réalise avec succès la première révolution
islamiste. L’incapacité du pro-occidental Chah d’Iran à satisfaire les besoins
de sa population favorise l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny et de
ses partisans. Voulant très tôt s’affirmer comme une puissance régionale l’Iran
compte dans la région de nombreux ennemis.
https://www.lumni.fr/video/la-revolution-iranienne-1
https://www.youtube.com/watch?v=rm0nEERmnnU