1945-1972 : L'évolution de la place de la France dans le monde.


En 1945, De Gaulle n'est pas invité à la conférence de Yalta où se décident entre les alliés les conditions de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le Régime de Vichy s'étant compromis avec l'Allemagne vaincue, on pouvait craindre alors que la France en paie les conséquences. un déclin du poids de la France dans le concert des nations aurait pu en résulté.

Alors comment expliquer le maintien de l'Influence de la France dans le monde après la guerre ? Pouvait-elle toujours compter sur son empire colonial ? Les ressorts de sa puissance ont-ils évolué entre 1945 et 1972 ? Dans ces conditions, les capacités de la France ont-elles été amoindries ?


I 1945 -1958 : De l'empire à l'Europe. Dissoudre l'empire colonial et construire l'Europe. La France cherche à se maintenir parmi les grandes puissances.

a) Ce qui reste de la puissance française en 1945.

C'est la contribution de la Résistance et notamment l'œuvre de De Gaulle qui permet à la France de restaurer sa souveraineté à la fin du conflit.  Elle ne perd pas son empire colonial. Elle  lui doit d'ailleurs beaucoup pour sa libération. L'AEF a très tôt rallié la France libre. De nombreux colonisés ont participé aux débarquements aux côtés des alliés. A la libération, De Gaulle fait tout pour mettre en avant sa légitimité et celle de la Résistance pour rétablir la France dans son autorité. Il s'oppose par exemple à un projet américain d'imposer une nouvelle monnaie en France.


b) La construction de l'Europe, l'occasion d'un rapprochement avec l'Allemagne.
Une fois la guerre terminée, la France participe à l'occupation de l'Allemagne. Elle adopte alors une politique intransigeante vis à vis de l'Allemagne. Mais dès 1948, elle se retrouve, malgré ses réticences, dans l'obligation de participer avec les E-U et le R-U à ce qui a constitué l'embryon de la RFA : La trizone. En 1950, le ministre des affaires étrangères français Robert Schuman et Jean Monnet, réalisent une déclaration où ils envisagent la création d'une fédération européenne et où ils annoncent la mise en commun des productions d'acier et de charbon de plusieurs pays européens dont la France et l'Allemagne. C'est la CECA (Communauté européenne du Charbon et de l'Acier) née en 1951 qui se profile ici (Allemagne, Belgique, Italie, France, Luxembourg, Pays-Bas. Côté allemand, ce rapprochement doit beaucoup à la volonté du chancelier Konrad Adenauer. (Chancelier de 1949 à 1963 !). Si la France, accepte cette coopération dans le domaine économique, son Assemblée nationale rejette par contre en 1954, le projet de CED (Communauté européenne de Défense. En effet en 1954, la France reconnaît la souveraineté totale de l'Allemagne. La construction d'une organisation économique se poursuit en Europe. En 1957, le traité de Rome établit un marché commun associant les 6 pays participant déjà à la CECA et donne naissance à la CEE. Débute ainsi une politique d'intégration économique qui ouvre progressivement l'économie française.


C) Les relations avec les deux grands.  
Pendant cette période, l'enjeu pour la France est de s'affirmer face aux deux grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Elle y parvient partiellement, Winston Churchill contribue à la faire accepter parmi les puissances occupantes de l'Allemagne. La France obtient également un siège au conseil de sécurité de l'ONU.            
La France fait partie des puissances occidentales (Belgique, France, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni, Danemark, Islande, Italie, Norvège, Portugal, E-U et Canada) qui s'inquiètent de la progression du communisme en Europe et dans le monde. Elle signe en 1949, le traité de Washington qui donne naissance à l'Alliance Atlantique (OTAN).
Les limites de la puissance française apparaissent cependant à l'occasion de la crise de Suez en octobre 56. Le président égyptien Nasser avait en effet décidé de nationaliser le canal. Il remettait en cela en cause de capitaux français et britanniques. La France et le Royaume-Uni décidèrent de mettre en place une opération en coopération avec Israël pour empêcher cette nationalisation. Ils doivent finalement faire face à l’opposition et aux menaces des Etats-Unis et de l'URSS.


d) Les conséquences sur la politique étrangère française du déchirement colonial.             
Dans la crise de Suez, le contexte colonial, n'est pas à négliger. En effet, la France est engagée de puis 1946, dans des conflits coloniaux. Au total, entre 1946 et 1958, la France connaît 12 ans de conflits coloniaux (Indochine, Algérie, Madagascar). Or sur la question coloniale, la France est contestée par l'ONU, les Etats-Unis et l'URSS. Ce fut notamment, le cas en octobre 56, quand la France capture par un détournement d'avion le leader indépendantiste algérien Ben Bella.

Conclusion : Grâce à l’Europe, l’OTAN et à son statut à l’ONU, la France se maintient dans le concert des nations mais les limites de son rayonnement sont déjà évidentes à l'heure où s'étiole l'empire colonial.


II 1958-1969 : Avec de Gaulle, l'affirmation de la politique d'indépendance nationale.
De Gaulle en tant que président de la 5ème république, mène la politique étrangère de la France. Dans ce domaine, il conserve de ses premières amours politiques et de son engagement dans la guerre, un attachement jaloux à la souveraineté nationale.


a) Les moyens d'une indépendance nationale.     
Pour accroître la crédibilité de la France sur la scène internationale Il développe une politique de dissuasion nucléaire. En avril 1960, éclate la première bombe nucléaire Française. Il fait augmenter les crédits accordés à la défense. En 1963, il refuse un projet de force nucléaire multilatérale.            
Cette politique d'indépendance passe également par un refus de l'hégémonie américaine. On parle souvent de 1966, mais dès 1959, la France retire ses forces navales méditerranéennes de l'OTAN. Elles seront suivies en 1963, par les forces de l'Atlantique. Enfin en 1966, la France retire l'ensemble de ses forces militaires du commandement intégré de l'OTAN. Les bases de cette organisation sur le territoire français sont d'ailleurs démantelées.


b) Une politique d'équilibre entre les deux grands.
Cette attitude est complétée par une politique d'équilibre entre les deux grands qui n'est pas sans provoquer la colère des Etats-Unis.
Ainsi en 1960, Nikita Khrouchtchev est en visite à Paris. En juin 1966, de Gaulle est à son tour en URSS. Il se rend également en Pologne en 1967 et en Roumanie en 1968. Entre temps en 1964, la France à reconnu la République Populaire de Chine. En 1966, comble des provocations, à Phnom Penh (Cambodge), de Gaulle prononce un discours où il condamne l'intervention américaine au Vietnam.


c) La politique européenne de Gaulle.   
En ce qui concerne la construction européenne, de Gaulle est contre une Europe supranationale. Il s'inquiète également de l'influence des Etats-Unis en Europe. C'est pourquoi il s'oppose à l'intégration dans la CEE du Royaume-Uni. Il a certainement en tête cette déclaration faite par Winston Churchill " Sachez que chaque fois qu'il nous faudra choisir entre l'Europe et le grand large, nous choisirons toujours le grand large ".           
De Gaulle, poursuit le rapprochement avec l'Allemagne. Par exemple en janvier 1963, est signé à Paris, un traité de coopération Franco-allemande.


d) La volonté de renforcer l'influence française dans le monde.             
La coopération est renforcée. Une part importante du revenu national lui est consacrée. Dans le même ordre d'idée des accords de défense ou d'assistance sont signés avec des Etats africains, anciennes colonies pour la plupart. C’est la grande époque du réseau « France-Afrique » aujourd’hui dénoncé par le gouvernement.            
De Gaulle soutient également les aspirations nationales. En juillet 1967, il affiche son soutien au mouvement indépendantiste du Québec. Il déclare, en effet, " vive le Québec libre ". Dans les années 60, la politique française devient favorable aux pays arabes. Par exemple, à la suite de la guerre des six jours en 1967, il condamne les annexions israéliennes. A cette occasion, il utilise une expression ambiguë qui continue à susciter de nombreux commentaires. Il déclare, en effet au sujet des israéliens : " un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur ".                 

e) Georges Pompidou entre rupture et continuité.
Le nouveau président poursuit de nombreux aspects de la politique gaullienne. En 1970, il se rend en visite en URSS. En 1971, c'est au tour de Léonid Brejnev de venir en France.  La même année, Georges Pompidou réalise une tournée en Afrique. Sous son mandat des armes sont vendues à la Libye. La politique de dissuasion nucléaire est maintenue.              
Mais, contrairement à De Gaulle il est favorable à une accélération de l'élargissement de la CEE. En 1972, les Français répondent positivement au référendum sur le principe d'un élargissement de la CEE au Royaume-Uni. En 1973, la Grande-Bretagne, l'Irlande et le Danemark adhèrent à l'Europe.

Conclusion : Malgré l'émancipation progressive de ses colonies,  la France  parvient à faire entendre sa voix dans l'ensemble du monde. Elle s'impose rapidement comme l'un des moteurs de la construction européenne et elle se dote de moyens lui permettent de défendre ses intérêts. Sous de Gaulle, l'essentiel des éléments qui font la puissance de la France aujourd'hui sont établis. Cet héritage est repris pour l'essentiel par Georges Pompidou sauf sur la question européenne. Leurs successeurs en feront-ils autant ?