La démocratisation de l’Europe du Sud et l’élargissement de la CEE.

 

Comment expliquer la longue persistance de dictatures en Europe jusqu’aux années 70 ? Pour quelles raisons ces dictatures chutent-elles à peut-près au même moment ? Quelles sont les conséquences de cette démocratisation des pays d’Europe du Sud ?

 

 

I Un contexte paradoxal.

a)      Les dictatures …

Dans les années 30, le nombre de démocraties se réduit progressivement sur la carte politique de l’Europe. Au Portugal à partir de 1926, une série de coups d’Etat permet  l’accession au pouvoir d’Antonio De Oliveira Salazar. Ce dernier établit en 1933, la une dictature, l’Estado Novo. En 1939, à l’issue de la guerre civile espagnole, Francisco Franco s’empare du pouvoir et établit un régime autoritaire à prétention totalitaire. La dictature grecque se met en place plus tardivement. Certes, elle connait une vie politique agitée tout au long du 20ème siècle avec des alternances entre monarchie et républiques mais en 1967, des officiers d’extrême droite organisent un coup d’Etat qui provoque l’exil du roi Constantin II. C’est le début de la dictature des colonels

 

b)      …du  camp du « monde libre ».

Le paradoxe veut que dans le contexte de la guerre froide, ces Etats dictatoriaux s’inscrivent dans le camp du monde dit libre. Par exemple, les colonels à l’origine du nouveau régime grec sont membres d’une organisation anticommuniste, l’Idea proche de l’armée américaine. La dictature des colonels gade d’ailleurs le soutien de la CIA jusqu’en 1974. Les dictatures du sud de l’Europe sont d’ailleurs les alliées géopolitiques des Etats-Unis.  Le Portugal est l’un des Etats membres fondateurs de l’OTAN en 1949. La Grèce le rejoint en 1952. L’Espagne n’en n’est pas membre de l’OTAN mais elle est l’alliée des EU. Ces derniers y disposent d’ailleurs des forces armées dès les années 60 avec la 16ème Air Force. En 1970, Franco reçoit la visite de Richard Nixon et de Henry Kissinger.

 

c)      … sont  fragilisées

Les pays d’Europe du Sud n’échappent pas à la contestation de 1968. Au  Portugal, les manifestations estudiantines prennent une grande ampleur entre 1968 et 1970. En 1973, plusieurs universités grecques sont occupées par des étudiants contestataires. Cette contestation est présente aussi en Espagne avec des manifestations estudiantines et ouvrières particulièrement dures. Mais Franco doit aussi compter avec le terrorisme basque de l’ETA qui parvient à assassiner son premier ministre Carrero Blanco. Enfin, le Portugal est enlisé dans  les guerres de décolonisation. Certains militaires ont le sentiment que le pouvoir laisse pourrir la situation pour attribuer la responsabilité de l’échec à l’armée.

 

II Des processus de démocratisation différents

a)      Une démocratisation en force au Portugal.

Au Portugal, les militaires menés par le général Spinola critiquent dès 1972, la façon dont la dictature gère les guerres de décolonisations menées sur le continent africain depuis les années 60. Ils organisent un coup d’Etat le 25 avril 1974. C’est la révolution des Œillets. Après une courte période de transition, une constitution démocratique est adoptée en 1976.

 

b)      Une démocratisation violente en Grèce.

En Grèce, les étudiants manifestent à partir de novembre 1973 contre la « dictature des colonels ». Ils occupent notamment l’école polytechnique, l’établissement le plus prestigieux du pays. Le mouvement est réprimée mais il gagne malgré tout de l’ampleur. La tentative des colonels d’établir une dictature à Chypre, île disputée par la Grèce et la Turquie,  en juillet 1974, les coupe de leur soutien américain. Cela facilite la chute du régime. Le 24 juillet 1974, la démocratie est à nouveau proclamée. L’ex-premier ministre Constantin Caramandis revient alors au pouvoir.

 

c)      Une succession étonnamment démocratique en Espagne

En Espagne, c’est la mort du dictateur Francisco Franco en 1975 qui provoque la fin de la dictature. Ce dernier pensait perpétuer son régime en désignant comme successeur le roi Juan Carlos. Mais Juan Carlos et son premier ministre Adolfo Suarez vont engager leur pays sur la voie de la démocratisation. En 1978 est adoptée, une nouvelle constitution.  L’Espagne devient alors une monarchie parlementaire. La jeune démocratie espagnole est alors ébranlée par le terrorisme basque et catalan mais surtout elle est menacée par une tentative de putsch militaire le 23 février 1981. Mais celle-ci échoue. Juan Carlos reste fidèle au processus démocratique engagé.

 

III L’élargissement de la CEE.

a)      Une volonté d’intégration.

Les nouveaux Etats démocratiques affichent très rapidement leur volonté d’intégrer la CEE en cours de construction. Dès 1975 la Grèce dépose sa candidature. Mais les réticences sont fortes parmi les pays membre de la CEE. On s’inquiète du retard économique de ces pays ou de la déstabilisation géopolitique dans le cas de la Grèce.

 

b)      Les étapes d’une intégration

Finalement, la Grèce intègre la CEE dès 1981. L’Espagne et le Portugal suivent en 1986. En 1986, l’Europe des douze signe l’Acte unique qui permet la mise en place d’un marché unique.

 

c)      Un facteur de développement en Europe du Sud

L’intégration économique de ces pays d’Europe du Sud s’avère complexe mais des aides importantes sont consenties par la CEE pour consolider ces jeunes démocraties. Elles connaissent un développement rapide dont on oublie parfois la rapidité compte tenu des difficultés rencontrées dans les années 2000. Cette croissance s’explique certes par les aides européennes dont ces pays ont bénéficié largement mais aussi par la volonté politique des gouvernements d’Andréa Papandreou (PASOK), Mario Souares (PSD) ou de Felipe Gonzalez (PSOE) En Espagne, la Movida, la coupe du monde de 1982 ou les Jeux Olympiques de 1992 à  Barcelone sont le reflet du dynamisme de la société civile espagnole.

 

Conclusion : La persistance de régimes autoritaires en Europe occidentale dans les années 70 s’explique par le contexte de la guerre froide qui permet de tolérer des dictatures dans le bloc de l’ouest au nom de la lutte contre l’expansion de l’influence communiste. Fragilisées de l’intérieur et de l’extérieur, ces régimes finissent par chuter entre 1973 et 1975. En adhérant à la CEE, ces pays s’inscrivent pleinement dans le modèle de la démocratie libérale à économie de marché tempérée par le niveau de protection social assuré par l’Etat-providence

 

Transition démocratique : processus politique caractérisé par le passage progressif d’un régime autoritaire à un régime démocratique.

 

https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000001398/l-entree-de-la-grece-dans-la-communaute-economique-europeenne.html

https://www.lumni.fr/video/lespagne-de-la-dictature-a-la-democratie

https://www.youtube.com/watch?v=cY6q1IG1Z8s

https://www.youtube.com/watch?v=icvHP2noOdc

https://www.youtube.com/watch?v=RwHo6cqAvX4

 

 

 

 

Les évènements de Polytechnique débutent le 14 novembre 1973, lorsque les étudiants décident l’occupation de l’université et mettent en place une radio émettant clandestinement. Les mots d’ordre sont, entre autres, « pain, éducation, liberté », « mort au fascisme», « Etats-Unis et Otan dehors »,  alors que les étudiants adressent cet appel radio à la population : « Ici Polytechnique ! Peuple de Grèce, Polytechnique est le porte-drapeau de notre combat, de votre combat, de notre combat commun contre la dictature et pour la démocratie ».