Les chocs pétroliers : la crise économique occidentale et
la nouvelle donne économique internationale
Ainsi
formulé, l’intitulé du chapitre laisserait entendre que les chocs pétroliers de
1973 et 1979 expliquent à eux seuls la crise économique des années 70 et ses
conséquences. Les choses sont loin d’être aussi simples et un tour d’horizon
s’impose pour expliquer cet épisode
complexe du 20ème siècle qui
a pris une dimension largement mondiale.
Quelles
sont les causes des deux chocs pétroliers ? Ceux-ci suffisent-ils à expliquer la stagflation ? Quelles
en furent les conséquences sociales,
économiques et géopolitiques ? Quelles réponses leur furent données ?
I Des causes géopolitiques et économiques ...
Dès 1971, les EU
conscients des limites des réserves en pétrole acceptent l’idée d’une
l’augmentation du prix du pétrole. Mais on retient en général, l’impact plus
tardif des chocs pétroliers. En 1973, lors de la guerre
du Kippour, les pays de l’OPEP créée en 1960 décident de réduire
drastiquement leur production de brut et
l'embargo des livraisons vers les Etats-Unis et les Pays-Bas qui ont soutenu
Israël dans le conflit. Le prix du baril passe subitement de 3 $ à 12 $I. Remarque : Malgré l’embargo,
l’Arabie Saoudite membre de l’OPEP mais liée aux EU par le pacte du Quincy, a
poursuivi sa livraison de pétrole aux forces américaines engagées au Vietnam.
C'est le premier choc pétrolier. Le second choc
pétrolier survient en 1979 à l'occasion de la Révolution
iranienne : en un an, les prix du brut doublent (de 14 à 28 dollars le
baril). Entre 1973 et 1980, le prix du pétrole est multiplié par dix. Mais les
chocs pétroliers et leurs raisons géopolitiques de 1973 et 1979 n’expliquent
qu'en partie seulement la hausse des prix. En effet, des désordres
monétaires sont également responsables de l'inflation .En 1971,
les Américains décident de supprimer la convertibilité du dollar en or. Ils
mettent ainsi fin au système de Bretton Woods. Moins limités dans
leurs politiques monétaires, les Etats font fonctionner la planche à billets
(ils impriment plus de billets) pour financer leurs dépenses. Mais ce
gonflement artificiel de la masse monétaire et l’affaiblissement de la valeur
des monnaies entretient la hausse des prix. On observe également une baisse de
la productivité des entreprises. Elle est certes due à la
hausse du coût du pétrole mais elle s’explique aussi par un essoufflement
des innovations et des investissements. Enfin, on assiste à un tassement
de la consommation. Beaucoup de ménages étaient déjà équipés et dans les
pays développés, la croissance démographique s'est ralentie.
OPEP : organisation des pays
exportateurs de pétrole. Organisation créée en 1960 afin de permettre aux pays
producteurs de pétrole de prendre le contrôle des cours et de réduire ainsi le
rôle des compagnies pétrolières en la matière. A l’origine sont membres de
cette organisation l’Arabie Saoudite, l’Iran, le Koweït et le Venezuela.
Aujourd’hui on compte 13 Etats membres.
II … expliquent une crise d’un genre
nouveau aux manifestations multiples…
Au début des années 70,
le rythme d’augmentation de la production ralentit. La croissance du PIB mondial
est passée de 6 % en 1973 à 0,6% en 1974. On parle de dépression plutôt
que de crise. Le chômage augmente. Il passe, par
exemple, de 5 % de la population active en 1975 à 10 % en 1982 dans les pays de
l'OCDE. Les prix augmentent eux aussi. On parle d'inflation.
Dans les pays de l'OCDE, l'inflation a atteint 10 % /an en
1975. Pour la première fois, contrairement aux crises classiques du
19ème et du 20ème siècle, on assiste en même temps à un ralentissement de la
croissance et à une augmentation des prix. On a donc parlé pour qualifier
cette situation de stagflation. Pour Nicolas Baverez
aux "trente glorieuses "auraient donc succédé les "
trente piteuses". Cette expression est discutée car le PIB a
continué à augmenter. Il a doublé, en effet, entre 1973 et 2000.
Dépression: diminution prolongée du taux de croissance de la production.
OCDE : Organisation de coopération et de développement économique créée en
1948 (OECE) pour favoriser la reconstruction européenne. (Voir plus haut)
Inflation : Augmentation durable des prix. C’est l’originalité de cette crise,
elle associe en effet un ralentissement de la croissance à une augmentation de
prix.
Stagflation : situation économique caractérisée à la fois par l’inflation et la
stagnation ou ralentissement de la croissance économique.
III …à laquelle on tente de donner des réponses nouvelles.
Les Etats adoptent au
moins deux grands types de politiques. Certains gouvernements adoptent
des politiques de relance assimilables à des tentatives
keynésiennes. L’objectif est alors de relancer la production en favorisant
la consommation. Les indemnisations du chômage sont augmentées. L’Etat
intervient en créant des emplois et en aidant les entreprises en
difficulté. Certaines peuvent d’ailleurs éventuellement être nationalisées.
Cette politique a cependant des inconvénients. Elle rend nécessaire le maintien
de charges fiscales et salariales importantes. Elles s’accompagnent souvent
d’un déficit budgétaire. Cette situation peut favoriser l’inflation et
l’affaiblissement de la monnaie.
Exemples : Jacques
Chirac en 1975, Pierre Mauroy en 1981-1982 (Il parvient cependant à contrôler
l’inflation), Jimmy Carter aux Etats-Unis en 1977-1978.
D’autres gouvernements
préfèrent adopter des politiques d’austérité d’inspiration strictement
libérale. On parle aussi parfois de politiques de rigueur.
Les objectifs sont alors les suivants : rendre les entreprises compétitives en
réduisant leurs coûts et réduire l’inflation. Pour cela, les dépenses publiques
sont baissées, le chômage est moins indemnisé, les prestations sociales sont
limitées. Dans le même temps, les prélèvements obligatoires sont abaissés et la
hausse des salaires est bloquée. Certaines entreprises du secteur public sont
privatisées. On assiste à un désengagement de l’Etat. Seulement les gains de
productivité n’ont pas toujours profité à l’investissement. Dans certains pays,
comme aux Etats-Unis, on a plutôt assisté à une augmentation de la spéculation.
Par contre, l’emploi devient plus
précaire, la pauvreté et les inégalités augmentent.
Exemples : Margaret
Thatcher, 1979, Ronald Reagan 1981.Aujourd’hui, la politique menée s’apparente
plutôt à une politique d’austérité même si le gouvernement
s’en défend.
Sur le plan
international, les pays développés cherchent à coordonner leurs actions. Dans ce contexte, assez
vite, les pays industrialisés prennent conscience de la nécessité de coordonner
leur action notamment sur la question de l’énergie. Annoncé en Martinique en 1974 (http://www.ina.fr/video/CAF91007272 ), le G6 est une instance de concertation
qui en 1975 à une vocation strictement économique. Elle
réunit alors la France, les EU, la RFA, le
RU, l’Italie et le Japon. C’est un nouvel aspect du multilatéralisme qui se met en place.
Pour réduire leurs coûts
et augmenter leur productivité, les entreprises robotisent, adoptent de
nouvelles technologies (cybernétique, les biotechnologies,
l’informatique et nanotechnologie) et changent de
mode de production. Ainsi, le toyotisme s’impose peu
à peu dans certaines usines. A partir des années 90, s’accélère le rythme des délocalisations..
Cette politique rend plus difficile la lutte contre le chômage.
Toyotisme : mode de production basé sur l'automatisation, l'intéressement des
salariés, le développement de la qualité et une production déterminée par la
demande.
Conclusion :
Dans un contexte géopolitique tendu et
renouvelé, les chocs pétroliers sont des éléments d’explication parmi d’autres
de la stagflation des années 70. Celle-ci se manifeste par un ralentissement de
la croissance associé à une augmentation du chômage et de la précarité. Les
Etats et les entreprises donnent des réponses à cette situation mais on voit
également apparaître dans ces conditions les bases nouvelles d’une gouvernance mondiale.
https://www.youtube.com/watch?v=ZChE1_NpYiM