La décolonisation française

 

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France possède encore le deuxième empire colonial au monde. Dès la fin des années 60, il ne lui reste plus que quelques confettis d'empire disséminés dans le monde entier.

 

Problématique : Pour quoi le processus de décolonisation s'amorce-t-il dans l'empire colonial français à la fin de la Seconde Guerre mondiale ? Quelles sont les étapes de la décolonisation pour l'empire colonial Français ? Le processus de décolonisation a-t-il été le même dans tout l'empire ?  

 

I A la fin de la Seconde Guerre mondiale ...

 

c)     s'expriment des revendications indépendantistes.

Elles sont le fait de mouvements indépendantistes apparus avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. On peut distinguer parmi cesderniesr les mouvements traditionalistes dont les revendications s'appuient sur les valeurs locales traditionnelles. On peut citer pour  exemple le mouvement des ulémas en Algérie. Il y a également des mouvements modernistes pour lesquels la lutte pour l'indépendance doit passer par une modernisation de l'économie et de la société. Le Néo-Destour de Bourguiba en Tunisie et l'Union Démocratique du Manifeste Algérien de Ferhat Abbas en offrent illustrent cette tendnce Enfin, apparaissent également des mouvements d’inspiration marxiste. Selon ces derniers, l'accès à l'indépendance doit s'accompagner de la mise en place d'une société de type socialiste. En 1930, Ho Chi Minh fonde un Parti Communiste Indochinois mais son mouvement s'élargit dans un premier temps avec la création de la Ligue pour l'indépendance du Vietnam ou Viet- Minh.

 

d)     Alors que le contexte semble  devenir favorable….

A l'occasion de la Seconde Guerre mondiale, la Syrie et le Liban qui étaient placés sous mandat français par la SDN en 1920, deviennent indépendants en 1944. Dans les territoires placés encore sous domination coloniale, la légitimité de ceux qui demandent des droits supplémentaires est renforcée par leur participation à la libération de la France. L'AEF rejoint très vite De Gaulle et la France libre.Les forces françaises de la France libre sont en partie constituées de soldats d'Afrique noire et du nord. Des africains et des antillais (dissidents) participent ainsi au débarquement de Provence en août 44 comme. Conscient de l'importance du rôle joué par les colonies, De Gaulle promet une plus grande participation des peuples à la gestion de leurs territoires à l'occasion de son discours de Brazzaville au Congo en 1944. Il ne va pas cependant jusqu'à proposer leur indépendance. Il faut dire que la puissance métropolitaine sort affaiblie de la guerre. Les Japonais en profitent le 10 mars 1945 en proclamant  une première fois l’Indépendance du Vietnam au profit de l'empreur Bao Dai.  Le contexte international devient également favorable. Les deux vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis et l’URSS, se disent anticolonialistes. A Yalta, en février 45, Staline réclame l'indépendance des peuples colonisés. Enfin, avec la création de l’ONU se met en place une véritable tribune pour les revendications nationalistes.


Autonomie : statut d'un pays qui reste sous souveraineté étrangère mais qui obtient la responsabilité des affaires intérieures.

 

                e) .... les évolutions restent encore limitées.

En avril 46, le  travail forcé est aboli et en mai 46, la citoyenneté est reconnue à tous les ressortissants des territoires d’outre-mer. Cependant, il n’est pour l’instant pas question d’indépendance pour les colonies.  En mai 1945, à l’occasion de la libération, à Sétif en Algérie, éclate une émeute. Le drapeau algérien est brandi, 88 européens sont tués. La répression fait entre 20000 et 100000 (selon les sources) algériens tués dans le constantinois.

 

II ...s'amorce une décolonisation  qui se fait en plusieurs étapes et selon des processus différents

a) 1946-1954 : Dans un premier temps, les soulèvements sont  réprimés mais un territoire obtient son indépendance

C'est d'abord l'Indochine en Aise qui obtient son indépendance. Le 2 septembre 1945, le Viet Minh  (Front de l'indépendance du Vietnam) d’Ho Chi Minh  proclame l’indépendance du Vietnam. Mais jusqu’à l’été 46, des négociations se poursuivent avec notamment le Général Leclerc mais des militaires attachés à l’empire colonial s’efforcent de les faire échouer. C'est le cas de l'Amiral Thibault d’Argenteuil. Le conflit débute vraiment en 1946. En novembre 46, les troupes françaises bombardent donc le port d'Haiphong faisant 6000 morts. Les troupes d'Ho Chi Minh tentent de s'emparer de Hanoi en décembre 1946. Le Viet Minh très mobile, fondu dans la population, pratique la guérilla se réservant le droit d’accepter ou de refuser le combat selon son avantage.

L’année 49 est  un tournant dans le conflit. En effet, cette année là  la Chine devient communiste, et le conflit s’inscrit désormais un peu plus dans la guerre froide puis que le Viet Minh bénéficie de cette aide. La France, elle, bénéficie de l’aide matérielle américaine. C’est dans ce contexte qu’en 1954, Dwight Eisenhower président des Etats-Unis, développe « la théorie des dominos »

L'année 1954 marque la fin du conflit. En mars 1954 a lieu la Bataille de Diên Biên Phu à l'ouest d'Hanoï. Elle est souhaitée par les militaires français qui veulent attirer les troupes Viet Minh dans une bataille de type classique, dans cette cuvette en forme de " casque colonial retourné". Ils négligent cependant, les capacités du Viet Minh a installer une artillerie efficace autour du camp retranché. La bataille dure finalement deux mois et le piège se referme sur la garnison française qui capitule le 7 mai (1500 morts, 3500 blessés graves et 10 000 prisonniers).Le 21 juillet 1954, par les accords de Genève, la France se désengage de l'Indochine et lui cède son indépendance. Le Vietnam est divisé en deux. Au nord se met en place une république démocratique communiste. Au sud, est établie une République du Vietnam soutenue par les Etats-Unis.

Dans ce contexte, la France n'entend pas émanciper ses colonies africaines. C'est le cas à Madagascar en mars 1947, la France réprime l'insurrection en faisant plusieurs milliers de morts.

L'indépendance est aussi refusée dans un premier temps au Maroc. Depuis la signature du traité de Fès en 1912, le Maroc est un protectorat français. Le rôle joué par les Marocains pendant la Seconde Guerre mondiale renforce  les revendications indépendantistes. A l'occasion de l'occupation de l'Afrique du Nord par les Alliés à partir de novembre 1942,  le sultan marocain Sidi Mohammed ben Youssef reçoit du président américain Franklin Roosevelt la promesse de l'Indépendance. En décembre 1943, Ahmed Balafrej et El Tazidi fondent le parti nationaliste Istiqlal. A partir de 1947, le sultan conteste les conditions du protectorat et se rapproche de l'Istiqlal. En 1944 Balafrej est arrêté. La France réprime  avec violence les émeutes de Rabat, Fès et Salé. La désignation des généraux Juin et Guillaume en 1947 et 1951 comme représentants de la France au Maroc confirme le sentiment que la métropole n'entend pas accorder son indépendance au Maroc. Le sultan est sommé par les autorités françaises de prendre ses distances vis à vis de l'Istiqlal. Entre 1952 et 1953, plusieurs manifestations anti-françaises sont réprimées dans le sang. Finalement en 1953, le sultan est destitué avec la complicité du pacha de Marrakech, le Glaoui. Le sultan est alors remplacé par Ben Arafa et exilé à Madagascar.

 

b) 1954-1962 : Dans un second temps, les indépendances africaines sont obtenues à l'issue d'une guerre pour l'une et de processus négociés pour les autres.

L'indépendance de l'Algérie donne lieu à une guerre. Le 1 novembre 1954, le FLN réalise une trentaine d’attentats dirigés contre les français (toussaint sanglante). Ils font neuf morts. Le mouvement indépendantiste s’engage divisé dans la lutte armée. Les combattants du FLN-ALN et ceux du MNA qui se livrent à une lutte fratricide. Malgré tout, entre 1954 et 1956, l’insurrection progresse depuis les différents foyers de l’est et de l’ouest algérien. C'est le début de la guerre d'Algérie, mais on ne parle alors que d’ «évènements ». La France reste attachée à son empire. François Mitterrand ministre de l'intérieur de l’époque déclare : " l'Algérie c'est la France ".

En 1956, l'effort de guerre s'intensifie. L'objectif de la métropole est de maîtriser la guérilla avant négociations. Le contingent est envoyé, le service militaire passe à 27 mois, les réservistes sont appelés, des supplétifs (futurs Harkis) sont recrutés. A  partir de cette année là, les effectifs de l’armée française sont toujours supérieurs à 400000. En octobre, Ben Bella est arrêté à l'occasion d'un détournement d'avion illégal. Le FLN répond par des attentats sanglants (314 morts en 14 mois). L'armée se lance alors dans une « opération de maintien de l'ordre », c'est la bataille d'Alger en 1957. Au terrorisme, elle oppose sans distinction de race et de sexe, la torture et la justice expéditive (Maurice Audin-Larbi Ben M’hidi). Ailleurs, l’armée française cherche à maintenir son avantage militaire (politique du 10 pour 1, engagement de supplétifs appelés «harkis », contrôle des frontières avec la Tunisie et le Maroc) et à couper les combattants de l’ALN de la population (zones interdites, regroupements, encadrement sanitaire et éducatif de la population). Dans l’intérieur de l’Algérie, la guerre que se livre FLN et MNA se poursuit. A Melouza, le FLN est, semble-t-il , du massacre de plus de 300 villageois soupçonnés de soutien au MNA. En 1958, ce qu’on appelle le plan Challe du nom du général qui l’organise, semble connaître certains succès militaires. Mais en mai,  Pierre Pfimlin (MRP) réputé favorable à des négociations avec le FLN est nommé à la présidence du conseil.  Des militaires forment donc à Alger  un comité de salut public présidé par le général Massu. Ils appellent De Gaulle au pouvoir car il semble incarner alors l’attachement à l’empire colonial. Sous cette pression, il  est donc investi Président du Conseil le 1 juin 1958 par l'Assemblée nationale. Il lance à Alger le 4 juin 1958 la formule ambigüe  « je vous ai compris ».

L'année 1958 est le tournant de la guerre Le 6 juin à Mostaganem de Gaulle déclare  «Vive l’Algérie Française ». Il donne alors le sentiment de vouloir maintenir les départements français d’Afrique du nord dans le cadre français. Il dit cependant le lendemain à son collaborateur Pierre Lefranc « Nous ne pouvons pas garder l’Algérie ». En septembre 1959, il reconnaît le droit des algériens à l'autodétermination et travaille à faire accepter cette idée à la population métropolitaine et aux européens d’Algérie. Mais certains d’entre eux s'opposent à ce processus. En janvier 60, en Algérie, les partisans de l’Algérie Française s’insurgent à l’occasion de la semaine des barricades.  Cependant,  le 8 janvier 1961, 75% des français se prononcent pour l’autodétermination de l’Algérie. Les activistes de l’Algérie Française ne désarment pas pour autant puisque certains fondent en 1961, l’Organisation Secrète Armée (OAS) et en avril Challe, Zeller, Jouhaud et Salan réalisent le putsch des généraux.  De Gaulle utilise l’article 16 pour rétablir l’ordre mais il échappe de peu à deux attentats organisés par l’OAS, le 8 septembre 1961 à Pont-Sur-Seine et le 22 août 1962 au Petit Clamart. Dans le même temps, le préfet de police de Paris, Maurice Papon (collaborateur sous Vichy), réprime extrêmement brutalement pour le compte de De Gaulle, la manifestation organisée le 17 octobre 1961 par le FLN (100 morts), puis celle organisée le 8 février 1962 par le Parti Communiste (9 morts au métro Charonne). Finalement,  le 18 mars 1962, les accords d’Evian mettent fin à la guerre d’Algérie et  le 3 juillet 1962 est proclamée l’indépendance de l’Algérie. Le conflit a fait de nombreuses victimes,  35000 soldats français et 300 000 algériens.  Entre 10000 et 150000 « harkis » et assimilés sont massacrés après le cessez-le-feu. Ceux qui parviennent à fuir (43000) sont rassemblés dans des camps (Rivesaltes, Bias) ou dans certains quartiers de bourgades métropolitaines comme à Mirande. Ce qui n’est pas le cas du million de "pieds noirs" même si leur rapatriement est difficile et l’accueil pas toujours chaleureux.

Ailleurs dans les colonies françaises d'Afrique les indépendances son négociées. Au Maroc, finalement, le prestige du sultan est renforcé par son exil.. Les attentats se multiplient alors. Tandis que la pression internationale s'accroit contre la France. Des négociations sont finalement engagées par le gouvernement qui aboutissent aux accords de La Celle-Saint-Cloud, prévoyant le retour sur le trône du sultan, sous le nom de Mohammed V, et l’indépendance du Maroc. Le 2 mars 1956, le Maroc accède à l'indépendance.  Le processus d'accession à l'indépendance de la Tunisie est comparable dans la mesure où de graves crises politiques avec violences aboutissent  finalement à la concession de l'indépendance.  Dans les colonies d'Afrique subsaharienne, le processus s'amorce en 1958. La France elle propose à ces territoires trois possibilités : conserver le même statut, (Côte française des Somalis, Comores), devenir des États autonomes au sein de la communauté française (la plupart des colonies africaines)  ou faire sécession (Guinée de Sékou Touré dès 1958). En 1960, les colonies africaines françaises qui avaient opté pour la deuxième solution deviennent indépendantes mais avec des liens diplomatiques et économiques très étroits avec la France. Ce sont les bases de la future France-Afrique..

Conclusion : A la fin de la Seconde Guerre mondiale, le contexte devient favorable aux indépendances. Le processus de décolonisation s'amorce dans plusieurs empires coloniaux et l'empire français n'échappe pas à la règle. Cependant, toutes les colonies françaises ne sont pas émancipées dans le même temps et selon les mêmes modalités. L'Indochine est la première à accéder à l'indépendance en juillet 1954 après un long conflit.  En novembre de la même année débute les événements qui mèneront à l'indépendance de l'Algérie en 1962, là encore à la suite d'un conflit. Cela ne signifie pas pour autant que dans l'empire colonial français, toutes les indépendances ont été difficiles. Certaines d'entre elles ont été obtenues à la suite de négociations et de consultations. On peut se demander si la France a le monopole de ces formes de décolonisations. Comment cela s'est-il passé ailleurs ?