L'Europe de
1945 à nos jours : des enjeux en évolution ?
Au sortir de la seconde guerre
mondiale l’Europe est détruite et affaiblie. Les puissances coloniales
européennes sont remises en cause alors que l’URSS et les Etats-Unis, les deux
grands vainqueurs de la seconde guerre mondiale s’affirment sur la scène
internationale.
L’Europe doit être reconstruite de
préférence dans la paix alors que se manifeste de façon de plus en plus
évidente un nouveau conflit dont le vieux continent devient l’un des théâtres.
Les enjeux européens sont donc
multiples : comment préserver la paix ? Que devient la souveraineté
des Etats européens face à l’influence des deux grands ? La chance de
l’Europe réside-t-elle dans un transfert de souveraineté à une instance
fédérale ? L’Europe en construction incarne-t-elle un modèle
alternatif ? Comment maintenir ou créer une puissance européenne ?
Ces questions se posent alors que le contexte change entre 1945 et 2007. En
1947, la guerre froide est clairement enclenchée. En 1951 débute la
construction de ce qui deviendra l’Union européenne. En 1989, les démocraties
populaires se libèrent les unes après les autres du joug soviétique. En 1991,
on assiste finalement à la dislocation de l’URSS.
Pb : Entre 1945
et 2007, se pose-t-on toujours les mêmes questions au sujet de l’Europe ?
Les réponses sont-elles toujours les mêmes compte tenu de l’évolution du
contexte ?
a) Une Europe soumise à influences
1-La mise en place de
l’ordre stalinien à l’est.
La prise du pouvoir ;
En Europe de l’est, la mise en
place d’un régime communiste se fait selon trois processus différents :
Dans certains cas, les partisans
communistes qui ont résisté à la domination nazie prennent le pouvoir dès la
libération : Yougoslavie, Albanie.
Dans d’autres cas plus nombreux la
prise de pouvoir est plus progressive et suit un mode opératoire assez
semblable :
1 Libération par l’armée
soviétique.
2 Participation des communistes à
des gouvernements de « front national ». Ils sont minoritaires.
Front national :
gouvernement d’union nationale issu de la résistance, regroupant des
communistes, des socialistes, des partis paysans, des libéraux et des
nationalistes.
3 Noyautage de l’administration et
conquête des ministères clefs ( Défense, intérieur, justice)
4 Organisation d’élections
truquées : Pologne (janvier 47), Roumanie (novembre 46), Bulgarie
(novembre 45).
5 Elimination des adversaires
et des autres structures. Calomnies,
accusation d’espionnage.
On a donc la mise en application
de la tactique du salami ( expression
inventée par le communiste hongrois Rakosi)
Tactique du salami : expression
décrivant l’élimination progressive des pouvoirs extérieurs aux communistes (
Eglise et autres partis) « tranche après tranche , jusqu’à ce qu’il
ne reste plus rien »
A ce moment là, les sociétés
civiles sont réduites au silence dans les démocraties populaires.
Société civile : toutes les
structures non-étatiques qui de la famille jusqu’aux associations et aux
églises rassemblent les individus autour d’opinions et d’activités communes.
C’est l’ensemble des structures sociales indépendantes de l’Etat.
Exemple : la
Roumanie, à la libération est constitué un gouvernement d’union nationale,
le FND ( Front national démocratique). Celui-ciréunit le PC, un parti national
paysan, un parti national libéral et un parti social démocrate. Quand ils
apprennent le projet des communistes de réforme agraire et de nationalisation,
le parti paysan et le parti libéral quittent le FND. Dès le 6 mars 1945, Petru
Gorza, président du front des Laboureurs, forme un gouvernement prosoviétique.
Les communistes ont alors le ministère de l’intérieur, de la justice, de
l’économie, des transports et de l’Armée.
Dans le cas de la Tchécoslovaquie,
il y a résistance des autres forces politiques. Les communistes réalisent donc
le coup de Prague en février 48
pour s’emparer du pouvoir.
Coup de Prague : Les
communistes utilisent la pression de la rue pour pousser à la démission les
ministres modérés. ( Manifestation à l’appel du PC et du Conseil central du
Parti communiste).
La soviétisation.
Dans les démocraties populaires de
l’Europe de l’est s’impose le modèle soviétique caractérisé par :
Une dictature politique :
En principe le pouvoir appartient au peuple par l’intermédiaire du parti communiste. Mais en réalité, un
dictateur monopolise le pouvoir (Walter Ulbricht en RFA, Enver Hoxha en
Albanie ) et développe un culte de la personnalité.
Dans les démocraties populaires
est mis en place un dirigisme économique :
On assiste effectivement à des nationalisations
dans les secteurs de l’industrie, des banques et du commerce.
L’économie est planifiée.
On développe l’industrie lourde . Création de grands complexes étatisés
comme Nowa Huta en Pologne. L’agriculture est collectivisée. Le système
administratif est sur développé
A partir de 1947, le
qualificatif , démocratie populaire est utilisé pour désigner ce nouveau
type de régime.
La satellisation de l’Europe
de l’est par l’URSS.
L’URSS soumet l’Europe de l’est à
son influence avec différents moyens.
La Finlandisation :
après avoir récupéré la Carélie occidentale, l’URSS signe avec la Finlande un
traité qui lui donne un droit de regard sur les affaires finlandaises et qui
oblige la Finlande à se rallier à l’URSS si cette dernière est attaquée.
Attention, la Finlande este en principe neutre et ne fait pas partie du bloc de
l’est.
Le Kominform ( bureau
d’information des partis communistes et ouvriers) : octobre 1947- 1956 : C’est l’organe de
liaison, sous le contrôle de Moscou, des partis et des pays communistes.
Le COMECON ( CAEM-conseil
d’assistance économique mutuelle) 1949 : Il doit assurer la coopération
économique au sein du bloc de l’est. Il a pour but d’harmoniser les plans
quinquennaux des démocraties populaires avec celui de l’URSS. En réalité,
se met en place une division socialiste du travail ( Par exemple, la RDA en
principe vitrine du socialisme connaît un développement industriel avancé) au profit
des intérêts de l’URSS.
Exemples : des usines
allemandes sont démontées et expédiées en URSS, le blé de Hongrie est envoyé en
URSS, le pétrole roumain est destiné au grand frère.
Le pacte de Varsovie (1955):c’est
un système d’alliance militaire réunissant les démocraties populaires d’Europe
centrale et orientale autour de l’URSS.
2- L’inscription de l’Europe de
l’ouest dans la sphère d’influence américaine.
Dans le
cadre de leur politique d’endiguement (containment) de
l’influence soviétique, les Etats-Unis
mettent en place le plan Marshall. Il s’agit d’aider financièrement la
reconstruction des pays d’Europe afin qu’ils ne tombent pas dans la sphère
d’influence soviétique. Annoncé en 1947 et appliqué en 1948, le plan Marshall
prévoit une aide de 17 milliards de dollars sous forme de dons ( 85 % ) et de
prêts (15%) destinée à 16 pays. Pour appliquer ce plan est créée l'OECE.
OECE : Organisation européenne de coopération économique, devenue en
1960, organisation de coopération et de développement économique. OCDE.
Inquiétés
par le « coup de Prague » les États-Unis, le Canada et dix pays d'Europe
de l'Ouest signent en avril 49, le traité de Washington et créent ainsi l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord
(OTAN, en anglais NATO) pour contrer une éventuelle agression soviétique.
Conclusion : l’Europe
est donc à nouveau divisée mais par un conflit d’un genre nouveau. Elle est
désormais soumise à deux influences majeures.
b) Le rejet des guerres
Au début des années 50, les
fondateurs de l’Europe, des hommes comme le belge Paul Henri
Spaak, les français Robert Schuman et Jean Monnet souhaitent
préserver la paix. Il proposent pour cela de mettre en commun les
productions de charbon et d’acier de l’Allemagne de la France et
éventuellement d’autres pays. La CECA ( Communauté Européenne du Charbon
et de l’Acier) est créée en 1951.
Ils envisagent également de créer
une fédération. Ce mot recouvre au moins deux conceptions :
Un système fédéral : c’est sur
un territoire défini, la superposition de deux niveaux de pouvoir .
Les Etats réunis possèdent une
assez grande autonomie ( justice, éducation). L’Etat fédéral détient lui des
pouvoirs importants délégués par les Etats fédérés (défense, diplomatie,
monnaie).
Une confédération : ensemble
permanent d’Etats ayant des objectifs communs mais dont les états membres
restent souverains et autonomes.
Souveraineté : Caractère d’un Etat qui n’est soumis à aucun autre
Etat.
Conclusion : pour
garantir la paix les fondateurs de l’Europe proposent dans un premier temps une
coopération économique et à plus long terme un projet politique.
c) Une différenciation marquée des
pays du bloc de l’Est.
Par exemple, en Yougoslavie Tito
met en place un autre modèle dès 1948. On parle de titisme. Le titisme désigne
en Yougoslavie l’attitude du gouvernement de Tito qui se caractérise à
l’extérieur par une certaine indépendance vis à vis de l’URSS, une
promotion du non-alignement et à l’intérieur par une voie originale du
socialisme qui privilégie l’autogestion des usines par les ouvriers.
Après la mort de Staline en 1953 ,
Tito rencontre son successeur Khrouchtchev qui déclare alors que
« plusieurs voies sont possibles vers le socialisme ».
Dans les années 50 et 60 apparaît
une contestation de la tutelle soviétique menée par des
dirigeants réformateurs des démocraties populaires appuyés par une société
civile en développement .
RDA : en 1953, des
émeutes éclatent en Allemagne à l’annonce d’un relèvement des normes de
production. Il s’agit d’un mouvement ouvrier et étudiant.
Pologne : En 56, Gomulka
un ancien dirigeant écarté du pouvoir durant la période stalinienne est rappelé
au pouvoir sous la pression de la rue. Il commence la décollectivisation des
terres et renoue des relations avec les soviétiques.
Hongrie : En 56, en
Hongrie, c’est dans les mêmes conditions qu’Imre Nagy arrive au pouvoir en 56
dans une contexte d’insurrection généralisée. Il proclame le retour au
pluripartisme et dénonce le pacte de Varsovie.
Tchécoslovaquie. En janvier 68, Alexandre
Dubcek qui semble incarner un « socialisme à visage humain »
devient secrétaire général du PC tchécoslovaque. Il est soutenu par un
mouvement populaire. Il mène une politique de réforme tout en affirmant sa
loyauté à l’égard des soviétiques. Le retour au pluralisme, aux libertés de la
presse, et de réunion sont envisagés. C’est le « Printemps de
Prague ».
Mais dans tous les cas on assiste
bien vite à une normalisation.
Les autorités soviétiques
(Khrouchtchev puis Brejnev) font très vite comprendre que l’émancipation des
démocraties populaires a des limites.
En 1953 en RDA, Ulbricht
appelle les soviétiques pour réprimer le mouvement et se maintenir au pouvoir.
L a répression fait des centaines de morts.
En 1956, Les chars
russes écrasent l’insurrection de Budapest le 4 novembre 1956. Des milliers
de morts et de blessés, 15000 déportés, 100000 à 200000 exilés.
En 1968, le 20 août, les
troupes du pacte de Varsovie occupent la Tchécoslovaquie. Dubcek est
arrêté. Le parti est épuré.
La situation est donc normalisée
dans les démocraties populaires.
Normalisation :
expression utilisée pour désigner le retour « aux formes normales de la
démocratie socialiste », c’est à dire la mise au pas du pays.
Dans les années 60, Brejnev
développe également la notion de souveraineté limitée.
Souveraineté limitée : principe Brejnévien
selon lequel la souveraineté de chaque Etat passe après les intérêt de la
communauté socialiste ( bloc de l’Est).
d)Les limites du processus
d’intégration en Europe de l’ouest.
L’intégration économique se
poursuit à l’ouest. Le traité
d’Union lancé à Messine en 1955 se concrétise en 1957 par la mise en place du Marché commun. ( Communauté Economique Européenne) à
l’occasion du traité de Rome. La CEE ne rassemble alors que six
pays. Dans ce contexte, la PAC (
Politique Agricole Commune) est mise en place en 1961 .
Si la CEE compte une assemblée
parlementaire constituée de députés parlements nationaux. L’intégration
politique n’en resta pas moins limitée. Par exemple, le projet de
CED ( Communauté Européenne de défense) échoue en 1954 face à l’opposition en
France de Communistes et de Gaullistes.
Les craintes sont les suivantes :
La peur d’un réarmement de
l’Allemagne.
La perte d’une souveraineté
française.
La mise en place d’une défense
Atlantiste dominée dans le cadre de l’OTAN par les Etats-Unis.
En retirant la France du
commandement intégré de l’OTAN , De Gaulle a aussi manifeste la souveraineté de
la France.
En outre, il qui voit dans le
Royaume-Uni un allié systématique des Etats-Unis oppose son veto à
l’admission du ce pays dans la CEE. Les britanniques fondent donc une zone de
libre échange : l’AELE en 1959. A l’ouest aussi, il existe donc des
Europes.
Conclusion : De 1945 à
1969, l’Europe est divisée. L’Europe de l’est est satellisée par l’URSS
qui impose non sans difficultés son modèle. L’Europe de l’ouest s’inscrit
dans la sphère d’influence américaine. A l’ouest, justement une intégration
économique sert le projet politique de maintenir la paix. La construction
politique reste alors limitée. L’attachement aux souverainetés nationales
reste grand.
II Le rapprochement des europes (
1969-1989)
a) Le rapprochement entre les deux
allemagnes, un aspect de la détente
Jusqu’en 67,les relations entre la
RFA et la RDA sont très mauvaises. Les deux Etats ne se reconnaissent pas
mutuellement. Mais à partir de 1969, Willy
Brandt chancelier de RFA de 1969 à 1973 prône l’Ostpolitik qui aboutit à
la reconnaissance mutuelle des deux Allemagnes en 1970.
En 1972, les deux Allemagnes
signent un traité par lequel elle reconnaissent leurs frontières respectives.
Elles se garantissent également une non ingérence dans leurs affaires
intérieures.
Les deux Allemagne sont admises à
l’ONU en 1973.
b) En Europe de l’Ouest la
construction d’un autre modèle.
Dans ce contexte l’Europe,
s’affirme comme un nouveau modèle entre les deux autres. Le modèle Européen est
un modèle libéral mais où l’Etat à un rôle redistributif important dans le
cadre de l’Etat providence.
On observe cependant des
variantes : le modèle est plus libéral au Royaume Uni en particulier
sous Margaret Thatcher. Le modèle allemand est fédéral et fonctionne sur
le principe d’une économie sociale de marché ( économie libérale-
protection sociale garantie- dialogue social ouvert avec de puissants
syndicats) , le modèle français est plus centralisé. L’Etat intervient
alors beaucoup dans le domaine économique.
Durant cette période de 1972 à
1986, l’Europe connaît une nouvelle impulsion et poursuit son élargissement. En
1972,l’ élargissement est ratifié. Le Royaume Uni, le Danemark et
l’Irlande entre dans la CEE. En 1981, ils seront rejoints par la Grèce puis par
l’Espagne et le Portugal en 1986. Dans le domaine économique , en 1978 est crée
le système Monétaire Européen (SME) avec une unité de compte commune qui
préfigure l’euro : l’écu.
Politiquement également, l’intégration se poursuit puisqu’en 1979, le
Parlement européen est élu au suffrage universel.
L’acte unique ratifié en 1986 crée le
conseil Européen. Un vrai pouvoir politique est installé au sein de l’Europe.
Cet approfondissement renforce
le caractère original de cette organisation qui n’est plus seulement une zone
de libre échange et un marché unique. Elle devient également une
organisation politique.
c) Un bloc de l’est de plus en
plus poreux mais toujours menaçant.
Le rideau de fer semble en effet
de plus en plus perméable et fragilisé :
Le contexte a en effet changé :
En 1972 s’ouvre en effet, à Helsinki,
la conférence sur la sécurité et la coopération en Europe à laquelle participe l’URSS.
Dans l’acte final de la conférence
signé en Août 1975, 32 pays européens , les E-U, le Canada et l’URSS s’engagent
à respecter les principes comme la souveraineté des Etats et les droits
de l’Homme.
De plus, le système économique des
pays d’Europe de l’est montre ses limites. Il y a pénurie, inflation (
60% /an en Yougoslavie) et dans certains cas apparition du chômage.
Enfin, au sujet de la Pologne, en
1978 , le polonais Karol Wojtyla devient pape (Jean-Paul II).
Il soutient l’opposition au régime communiste. Il fait un voyage en Pologne en
79.
Dans ce contexte, la contestation
se développe dans la société civile. En 1977, 257 citoyens
tchécoslovaques signent une Charte qui, sur les bases de l’acte final de la
conférence d’Helsinki, réclame le respect des libertés fondamentales. C’est la Charte
77. Le leader de ce mouvement est l’auteur dramatique Vaclav Havel.
En Pologne, en 1980, les ouvriers
de Gdansk se mettent en grève et créent le premier syndicat indépendant Solidarnosc
(leader Lech Walesa). Le mouvement est brisé en 1981 par le général
Jaruzelski qui décrète « l’état de guerre ». 10000 personnes sont
arrêtées.
Cependant, l’URSS reste menaçante
et l’Europe est toujours un enjeu de la guerre froide. En particulier lorsqu’on
assiste à un refroidissement. La crise des Euromissiles en témoigne.
L’URSS déploie des SS20 en Europe de l’est. L’OTAN réplique en installant des
fusées Pershing. En dépit des manifestations pacifistes, la course à l’armement
est relancée.
Elle finit par épuiser l’URSS. A
son arrivée au pouvoir Michael Gorbatchev considère qu’il est nécessaire de
signer un traité de non prolifération Washington 1987. Il engage des réformes (
Perestroïka-Glasnost ) et annonce aux dirigeants des démocraties
populaires qu’ils ne pourront plus compter sur l‘intervention de l’Armée rouge
en cas de crise grave. Il déclare également aux dirigeants hongrois qu’une
sortie du pacte de Varsovie est envisageable.
Conclusion : Même si
cette partie du monde reste pendant
cette période un enjeu de la guerre froide, un rapprochement est perceptible
entre les différentes europes. A l’ouest, le processus d’intégration se
poursuit par des élargissements et un début d’approfondissement. Emerge alors
un autre modèle. Les occidentaux peuvent le présenter aux sociétés civiles du
bloc de l’est qui semble de moins en moins monolithique.
III Les enjeux de la construction
européenne depuis 89. Vers une intégration complète.
a)1989-1991 : l’implosion de
la zone d’influence socialiste, la fin d’une division européenne.
En 1989, suite à de nouvelles grèves
le gouvernement polonais, reconnaît le syndicat Solidarnosc et permet des
élections pluralistes. La victoire de Solidarnosc entraîne la nomination
d’un premier ministre non communiste, Mazowiecki.
En Hongrie, le Parti Communiste
abandonne son rôle dirigeant. L’opposition gagne les premières élections
pluralistes en juillet. Le 2 mai 1989 le e « rideau de fer » est
ouvert.
En RDA, de nombreux allemands de
l’est profitent de l’ouverture du rideau de fer en Hongrie pour émigrer en RFA.
D’importantes manifestations ont lieu à Dresde et à Leipzig. Finalement,
Honecker accepte l’ouverture des frontières en novembre 89, c’est la chute
du mur de Berlin. ( 9 novembre 1989).
En Tchécoslovaquie, la «
Révolution de velours » entraîne la démission des dirigeants communistes
et l’élection à la présidence de la République de Vaclav Havel, le 29 décembre
1989.
En Roumanie, Ceausescu, refuse de
céder le pouvoir. Il est lâché par l’armée et Moscou. Son départ se fait sous
la pression populaire. Il est fusillé le 25 décembre après un jugement
sommaire.
Cl : L'implosion de la zone
d'influence soviétique ouvre la voie à l'élargissement de l'Union européenne à
l'est.
b) 1989-2003 : la poursuite
de la construction européenne.
En Europe de l’ouest, la construction
économique se poursuit.
En 1992 est adopté le traité
de Maastricht. Dans le domaine économique, les conséquences sont les
suivantes :
En 1993, le marché commun issu du
traité de Rome devient un marché
unique sans frontières intérieures avant 1993.
Marché commun : non
donné à l’Union douanière de la CEE.
Union douanière :
zone de libre échange tarif extérieur commun
Marché unique : Union
douanière avec libre circulation des hommes et des capitaux
En 1999 est créée une monnaie
unique, l’Euro. La Banque
centrale européenne (BCE) est établie. Elle est
indépendante des gouvernements, elle
définit la politique monétaire et veille à la stabilité des prix. En 2002,
les euros entrent en circulation dans 12 pays ( 13 depuis janvier 2007).
La libre circulation des personnes
se met progressivement en place.
Les accords de Schengen
signés en 1985, rentrent en vigueur en 1995. Ils permettent une libre
circulation entre 8 puis 13 des 15 pays membres à l’époque et un renforcement
des contrôles aux frontières extérieures.
La politique agricole commune
est réorientée pour devenir moins productiviste et plus conforme au principe de
développement durable.
Conclusion : La
construction d’une Europe économique garde donc une certaine avance sur la
construction politique.
Poursuite de l’intégration
politique.
Le traité de Maastricht renforce l’intégration
politique. L’Union européenne est créée et ses compétences sont
élargies, mais le traité de Maastricht n’a pas abouti pour autant à la
formation d’une fédération.
Certes les Etats se soumettent aux
décisions communautaires dans certains domaines ( commerce, monnaie,
agriculture, la pêche, le transport). Dans d’autres s’applique
également le principes de subsidiarité. Mais des domaines importants
échappent encore à la supranationalité. C’est le cas, par exemple, de la
politique étrangère même si il est depuis longtemps prévu de mettre en place
une PESC ( politique étrangère et de sécurité commune), et de la défense
même si des embryons de corps d’armée européens existent. Ainsi, en 1999, l’UE
se révèle dans l’incapacité d’intervenir militairement au Kosovo. L’OTAN
intervient.
Principe de subsidiarité :
l’Union européenne n’intervient que si l’action isolée d’un état membre se
révèle insuffisante pour atteindre les objectifs.
L’intégration politique connaît
donc encore des limites. La répartition
des pouvoirs dans les institutions européennes donne le sentiment qu’elles
souffrent encore d’un déficit démocratique même si les traités d’Amsterdam
(1997) et de Nice (2000) renforcent
le rôle du parlement.
c) 1990-2007 : les enjeux de
l’élargissement européen.
Après l’implosion de la zone
d’influence soviétique, l’organisation géopolitique de l’Europe est
bouleversée. D’abord,un certain nombre d’anciens pays du Pacte de Varsovie adhèrent à l’OTAN, La Hongrie, la Pologne et
la République tchèque en1999, la Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie,
la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie en 2004.
Ensuite, l’Union européenne connaît un nouvel élargissement en
accueillant notamment d’anciennes démocraties populaires.
Dès 1990,en réalisant son
unification, l’Allemagne rattache des landër qui constituaient la RDA à l’UE.
En 1993, à Copenhague sont définis
les critères d’adhésion à l’UE : appartenance géographique, respect et
garantie des libertés fondamentales et du droit des peuples, acceptation de
tous les textes communautaires.
En 1995, trois pays
« neutres » dans le contexte de la guerre froide intègrent l’Union
européenne ( Finlande, Autriche, Suède). L’AELE se vide encore un
peu plus de sa substance même si la
Norvège et la Suisse par exemple refusent d’intégrer l’Union européenne.
En 2004, 10 pays rejoignent
l’Union européenne : Estonie, Lituanie, Lettonie, Pologne, République
Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Slovénie, Chypre, Malte. La plupart d’entre eux
appartenaient au bloc de l’est En 2007,c’est au tour de la Roumanie et de
la Bulgarie.
Les enjeux de cet
élargissement sont nombreux.
Les avantages espérés de ce processus sont les
suivants : une extension en Europe de l'aire de prospérité et de
paix créée par l' Union Européenne. Un développement du marché
européen qui passerait de 375 millions de consommateurs à 500 millions. Une augmentation du poids de
l’UE sur la scène internationale .
Mais l’élargissement de l’UE suscite également quelques craintes :
le coût exagéré de l' aide au développement de pays dont le niveau de
vie en moyenne est de 23 % inférieur à la moyenne communautaire, la nouvelle
répartition des aides de l’Union européenne au bénéfice des nouveaux états
membres, la délocalisation des activités industrielles à valeur ajoutée
faible ou moyenne vers ces pays, le développement des phénomènes
migratoires.
d) 2004-2007 : le débat sur l’Europe de demain.
En 2004 le débat sur le traité
constitutionnel fait émerger plusieurs questions :
La première porte sur
l’organisation politique de l’Europe de demain. Doit-elle être plus fédérale ou
les souverainetés nationales doivent-elles êtres maintenues ?
Une vaste zone de libre échange à plusieurs vitesses (
Schengen , Euro). Ce principe est souvent défendu en GB et au Danemark au
nom du libéralisme économique et d’un certain attachement à la souveraineté
nationale.
D’autres proposent la constitution d’une fédération
européenne avec la mise en place d’un gouvernement européen. On pourrait
parler d’Etats-Unis d’Europe. On trouve des partisans de ce modèle
fédéral partout en Europe et particulièrement en Allemagne.
Les souverainistes, eux, souhaitent une Europe des
nations sans transfert de compétences supplémentaires . Le paysage politique
français compte plusieurs partis souverainistes.
On observe donc en Europe, une opposition entre
souverainistes et tenants de la supranationalité.
Confédération d’Etats : certains
domaines sont de la responsabilité européenne d’autres des Etats.
Supranationalité : principe qui caractérise une
organisation placée au dessus des institutions nationales et dont les décisions
s’imposent aux Etats membres.
Souverainistes : partisan de la défense de la
souveraineté nationale, de la compétence des Etats.
Se pose également la question du
modèle économique et social de l’Union européenne de demain.
L’Union européenne de demain
sera-t-elle un espace économique où domineront des logiques libérales
soucieuses de compétitivité à l’échelle mondiale ?
Peut-on maintenir un haut niveau
de prestations et de protection sociales pour garantir de bonnes
conditions de vie pour le plus grand nombre de ses ressortissants ?
Les deux logiques, libérales et
sociales, sont elles compatibles ou inconciliables ?
Conclusion :
Finalement en 2007, même si les
processus d’intégration, d’approfondissement et d’élargissement sont très
avancés, se posent encore un certain nombre de questions présentes dès le début de la période
étudiée. Par exemple, Robert Schuman et Jean Monnet parlaient souvent
d’Etats-Unis d’Europe. On constate aujourd’hui que le sujet divise encore les tenants d’une Europe fédérale et les
partisans du maintien des souverainetés nationales. La guerre froide est
terminée pourtant l’extension d’une Europe atlantiste vers l’est suscite
quelques interrogations en particulier lorsque l’Europe est divisée face à la
politique étrangère américaine. Dans le
contexte de la guerre froide, le modèle Européen pouvait sembler alternatif en
conciliant économie de marché et politique sociale. Ce modèle doit-il s’effacer
maintenant que le bloc soviétique s’est effondré ? Un certain nombre
d’enjeux traversent donc l’histoire de l’Europe de 1945 à nos jours. Si
certaines questions restent en suspens, un acquis demeure : la paix.