Le 8 mai 45, la signature de l'armistice est annoncée à la France. Le pays se réjouit de la fin de la guerre mais l'heure est déjà au bilan du conflit tandis que commence la construction des mémoires de la seconde guerre mondiale.
Mémoire : pratique sociale ayant pour objet la représentation du passé et l'entretien du souvenir.
Pb : Quel est le bilan de la seconde guerre mondiale ? Quelles sont les conséquences démographiques, matérielles et économiques du conflit ? La société franaçaise construit-elle une ou des mémoires de la seconde guerre mondiale ?
I Le bilan de la seconde guerre mondial en France.
a)
Le bilan humain est désastreux.
Le bilan de la première
guerre mondiale est lourd mais il l'est moins que celui de la
première guerre mondiale pour la France. Le conflit fait en
effet environ 600000 morts en France soit 1,5% de sa
population de 1939. Le nombre de victimes civiles est d'ailleurs
supérieur au nombre de militaires tués à
l'occasion du conflit (238000 militaires contre
330000 civils). Le bilan du génocide fut aussi
terrible. 75000 juifs de France furent victimes du génocide
soit un juif français sur quatre. Il faut ajouter aux
conséquences démographiques de ce conflit, le déficit
des naissances (estimé à - 530000). Cependant,
contrairement à une idée reçue, la natalité
remonte avant la fin de la seconde guerre mondiale.
b)
une France détruite à reconstruire.
La France
est en partie détruite. Un
édifice sur quatre a été détruit, la
moitié des rails, une gare sur trois, 7500 ponts, la quasi
totalité des ports. Il manque un million de logements.Les
productions ont baissé. On ne réalise plus que les 2
/3 de la production de charbon d'avant guerre. L'économie
est déorganisée. Le rationnement est donc
maintenu jusqu'en 1949. Le déséquilibre entre
l'offre et la demande provoque une inflation forteInflation
( 63 % en 1946 en France). Enfin,
la balance commerciale française est déficitaire.
Pour
reconstruire, la main d'oeuvre française est mise à
contribution. Une planification indicative est mise en place.
En 46, un commissariat au plan est confié à Jean
Monnet.La France a également bénéficié du
plan Marshall américain. D'importantes réformes
sont réalisées. Comme le prévoyait le
programme du Conseil National de la Résistance (CNR )
en 1944, des entreprises sont nationalisées dans le secteur de
l'énergie ( EDF, Charbonnages), de la banque et de
l'assurance, du transport. En 1945, la Sécurité
Sociale est mise en place.
Conclusion : La France est
en partie détruite effectivement. Des efforts sont demandés
aux français pour la reconstruction et on observe que dans ce
domaine, le rôle de l'Etat est majeur. Il organise le
redressement économique de la France et assure l'amélioration
du niveau de vie des français.
Conseil National de la Résistance (CNR) : en 1943, est crée le CNR sous la présidence de Jean Moulin. Les forces politiques et les mouvements de la Résistance réunis dans cette organisation rédigent un programme énonçant les principes démocratiques et sociaux à respecter à la libération.
c)
les conséquences politiques.
On assiste d'abord dans le
désordre de l'immédiat après guerre à une
épuration sauvage. Beaucoup règlent leurs
comptes avec ceux qui se sont accommodés du régime de
Vichy et de l'occupation. L'épuration sauvage se
traduit alors par des lynchages, des humiliations ou des exécutions
sans jugement régulier. Des femmes ayant eu des relations
personnelles avec les allemands furent tondues. Au total, selon de le
Comité d'Histoire de la Seconde Guerre Mondiale, 10 000
personnes furent victimes de cette épuration sauvage.
Les
responsables de la collaboration furent également jugés
par la justice d'Etat. Pétain est condamné
à mort par la Haute cour de justice, mais il est gracié
par De Gaulle en raison de son grand âge. Il meurt après
avoir été détenu sur l'ïle d'Yeu en 1951.
Pierre Laval fut, lui, exécuté. Le
collaborationniste Robert Brasillach est fusillé.
L'épuration administrative a cependant des limites. Par
exemple, au sortir de la guerre 50000 enquêtes sont lancées
et finalement peu de sanctions sont prises. Certains fonctionnaires
de Vichy constituent les cadres d'une république renaissante
au sortir de la guerre. Ce fut le cas de Maurice Papon.Les
sanctions contre les collaborateurs peuvent se traduire par des
nationalisations punitives (Renault )
Au sortir de la guerre, le
régime de Vichy n'est plus. Il faut rétablir la
République. Le Gouvernement Provisoire de la
République Française ( GPRF) mis en place en juin
44, présidé par de Gaulle va prépare ce
changement. En 1944, les femmes obtiennent le droit de vote et
l'utilisent pour la première fois en 1945 ( avril - mai
élections municipales).En 46, les français adoptent,
par référendum, la IV ème République.
II
Les mémoires de la seconde guerre mondiale.
Il y a-t-il
une ou des mémoires de la seconde guerre mondiale ?
a) Jusqu'aux années 50, le témoignage difficile sur la déportation et la mise en avant de la résistance française.
La
nécessité du témoignage s'exprime très
tôt chez certains déportés.Primo Levi,
débute la rédaction de " Si c'est un homme "
en 47. Mais les déportés survivants ont également
du mal à témoigner. Ils sont confrontés à
des difficultés :Comment rendre compte d'horreurs dont on ne
peut imaginer des hommes capables ? Comment témoigner de ces
crimes lorsqu'on se sent coupable d'avoir échappé au génocide
? Comment raconter ce drame quand tout le monde se réjouit de
la fin de la guerre ? La mémoire
de la résistance est parcontre mise en avant. Durant la
même période, une vingtaine de films évoquent le
conflit et la résistance en particulier. (La bataille du
rail, 1946, René Clément).Ce sont les débuts
du résistancialisme. Il se développe toujours
autour de deux résistances. La résistance communiste
d'une part. La résistance gaulliste d'autre part. C'est
l'époque où le parti communiste développe le
thème du " parti des 75 000 fusillés "
selon lequel, les communistes auraient payé le plus lourd
tribu pendant la seconde guerre mondiale. ( En réalité,
le nombre de victimes communistes devrait être ramené à
25 000).Les Gaullistes mettent en avant la légitimité
de l'homme du 18 juin.
Résistancialisme :
mythe selon lequel pendant la guerre les français furent
majoritairement et naturellement résistants face au régime
de Vichy.
b) A partir des années 50, la nécessaire vigilance des historiens et l'expression de la mémoire du génocide.
A partir des années 50, les historiens sont dans l'obligation de rétablir un certain nombre de vérités. Face au résistancialisme, le Comité d'Histoire de la Seconde guerre mondiale, rappelle que les résistants furent d'origines très variées (rôles des femmes, de socialistes, d'étrangers dans la résitance dont quelques allemands.....). Les historiens ont également démontré l'importance de la résistance civile, non armée ( renseignement, tracts, aide aux persécutés). Face au maréchalisme et au mythe d'une France majoritairement résistante, en 73, l'historien américain Robert-O Paxton publie " la France de Vichy ". Il démontre la responsabilité et le zèle du régime de Vichy dans le Génocide. A la fin des années 60, la mémoire du génocide est remise en avant. En Israël, en 1961, le procès Eichmann pose la question de la " banalité du mal " selon l'expression de la philosophe Hannah Arendt. En 1963, le mémorial israélien de Yad Vashem à Jérusalem a crée le titre de "Juste parmi les nations". Est honorée de ce titre toute personne qui, sans en attendre de contrepartie, a aidé des juifs menacés de mort ou de déportation, en étant consciente des risques encourus. Ensuite en 1967, a lieu la " guerre des six jours ". Par ce conflit, c'est la survie de l'Etat d'Israël que les dirigeants israéliens souhaitent assurer. Exprimer à nouveau la mémoire du Génocide, c'est renforcer la légitimité d'un Etat Israélien qui ne devrait pas être remise en cause. En 1985 sort le film " Shoah " de Claude Lanzmann. Cependant, dans cette même période, apparaissent des thèses mensongères : le négationnisme. Les négationnistes comme Robert Faurisson remettent en cause l'existence des chambres à gaz en faisant du révisionnisme.
Maréchalisme : fidélité à la personne de Pétain et à son image de sauveur de la France. Les maréchalistes entretiennent le mythe selon lequel Pétain aurait été le bouclier protégeant la France pendant la guerre, tandis que de Gaulle aurait été l'épée. Le négationnisme : théorie qui nie l'existence du génocide en utilisant la méthode du révisionnisme. Il s'agit en réalité d'une falsification de l'Histoire. Réfutée par les historiens, elle est passible de poursuite devant la justice.(Loi Gayssot, 1990). Révisionnisme : méthode utilisée par les négationnistes pour remettre en cause la validité des documents et des enseignements historiques.
C
) 1990- 2008 : La mémoire nécessaire.
La
disparition progressive des survivants du Génocide rend
nécessaire leur témoignage et l'entretien du
souvenir.En 1993, sous François Mitterrand est mise en place
d'une journée de " commémoration des persécutions
racistes et antisémites ". En 2000, fut est mise en place
une fondation pour la Mémoire de la Shoah présidée
par une déportée Mme Simone Veil. En 2005, les
60 ans de la libération du Camps d'Auschwitz furent l'occasion
d'une diffusion d'une grande quantité de témoignages ou
d'œuvres sur cette question.
Des collaborateurs
sont également jugés même si les faits sont
anciens, car la loi de 1964 rend les crimes contre
l'humanité imprescriptibles en droit français. En
1990, Paul Touvier (inculpation 1981) est condamné à
la réclusion à perpétuité, et en 1998,
après 16 ans de poursuite, Maurice Papon ( inculpation
en 1983) est condamné à 10 ans de réclusion
criminelle.La responsabilité
de l'Etat français est finalement reconnue. François
Mitterrand refusait de le faire car, pour lui, le régime
de Vichy était une parenthèse dans l'histoire de la
République et des français. En 1995, Jacques Chirac
finit par reconnaître la responsabilité de l'Etat
français et ses agissements criminels.
Conclusion : Le bilan de la seconde guerre mondiale est donc lourd. Les victimes sont nombreuses, la France est détruite. Mais la reconstruction s'amorce rapidement. C'est le bilan moral de la seconde guerre mondiale qui semble plus difficile à digérer. C'est lentement que les lâchetés, les responsabilités finissent par être reconnues. S'il existe une mémoire du Génocide, une mémoire de la collaboration, une mémoire de la résistance et une mémoire du conflit, on observe que ces mémoires sont liées et que leur expression évolue avec le temps, les transformations du contexte et les rectifications des historiens.