Centres d’impulsion et inégalités de développement : un espace mondialisé équilibré ?

 

On observe aujourd’hui la mise en en place d’un espace mondialisé. C’est à dire un espace dont les différentes parties sont mises en relation par le développement des flux de marchandises, de personnes de capitaux et d’informations dans le monde.

Pb : la mondialisation est-elle équilibrée ? Quels centres d’impulsion dominent le monde ? Comment se manifeste cette domination dans le cadre de la mondialisation ? Quelles sont les périphéries ? quels sont les espaces à l’écart de la mondialisation ?

 

I Un espace économique mondialisée


a) les manifestations de la mondialisation.

les flux de marchandises.

On observe dans le monde une augmentation du volume des échanges. Elle est plus rapide que celle des marchandises. En 2006, le volume des importations de marchandises a augmenté de près de 10 % tandis que le PIB mondial lui n'a augmenté que de 3 %. Les causes de cette augmentation sont multiples. Elle est liée à l augmentation de la population ( 6,5 millards d'habitants), l'amélioration du niveau de vie d'une façon générale dans le monde, aux progrès techniques dans les domaines du transport (conteneurisation, intermodalité) et de la communication en particulier ( internet), à la division internationale du travail et à la libéralisation des échanges ( OMC et organisations régionales comme le MERCOSUR, l'ALENA ou L'UE) . La part des produits manufacturés dans les exportations augmente. Elle aurait triplé entre 1970 et 1990 passant de 20% à 60%.

Flux : circulation massive de personnes, de biens, de capitaux, d’informations. Les flux concernent l’ensemble de la planète. On voit donc se former des réseaux commerciaux qui concernent l’ensemble du monde.

Conteneurisation : mode de transport par caisses de dimensions normalisées. Le conteneur de base est la boîte de 20 pieds ( 6.058 pm) de long et d’une capacité de 20.32 tonnes.

Intermodalité : Système de transbordement permettant d’utiliser des moyens de transport complémentaires, en supprimant les ruptures de charge d’un mode de transport à l’autre.

OMC : organisation mondiale du commerce (siège à Genève). Elle cherche promouvoir le libre échange et elle arbitre les conflits commerciaux.

Divison internationale du travail : Elle désigne la spécialisation de pays ou de régions du globe dans des productions particulières en fonction d'avantages comparatifs espérés.

Produits manufacturés : produits transformés par l 'industrie

 

Les flux de personnes.

Les migrations. Les migrations sont des déplacements de personnes ayant pour effet de transférer la résidence d’un lieu d’origine à un lieu d ‘arrivée. Les flux migratoires sont des courants d’échanges de personnes. En 1965, le nombre de migrant été évalué à 75 millions. Aujourd’hui, on évalue le nombre de personnes vivant dans un autre pays que le leur à 200 millions (2005-commission mondiale sur les migrations internationales (CMMI)) soit 3,3 % de la population mondiale.

Les flux touristiques . Selon l’Organisation Mondiale du Tourisme, un touriste est un visiteur temporaire qui séjourne au moins 24 heures dans le lieu qu’il visite pour des motifs de loisir. En 2005, le nombre de touristes s’élevait à 800 millions dans le monde.

 

Les flux de capitaux. une circulation accrue et constante. Dans les pays industrialisés, les flux totaux ont doublé: Les flux de capitaux ont dépassé les 6000 milliards de $ en 2005.

 

b) Les déséquilibres de la mondialisation.

Géographie des flux de marchandises. L’essentiel du commerce international est réalisé entre les pays du nord.80 % du commerce international réalisé par les trois grands pôles développés : Etats-Unis, Europe, japon. Les pays en développement ne réalisent que 16 % du commerce mondial Les pays émergents et les NPI voient leurs exportations progresser

Géographie des flux de personnes. Les flux dominants sont dirigés des pays du « Sud » ou en développement vers les pays développés dits du « nord ». 75 % des migrants sont originaires du sud On observe cependant des exceptions. Certains flux se dirigent vers des pays exportateurs de pétrole. Des migrants sont également nombreux à quitter l’Europe en particulier, l’Europe de l’Est. Il existe aussi des flux secondaires entre pays du Nord et entre pays du Sud. Ainsi, les flux migratoires sont très importants sur le continent africain, à destination du Gabon ou de la Côte-d’Ivoire, par exemple.

On observe que les pays développés sont des pays émetteurs de touristes mais aussi des pays récepteurs. C’est le cas des Etats-Unis et de l’Union européenne premier pôle touristique mondial avec à sa tête la France première destination touristique au monde. 80 % des départs et des arrivés concernent les pays développés. Cela s’explique facilement par la richesse des populations de ces pays et par leur niveau de vie. Les pays développés sont d’ailleurs attractifs pour de multiples raisons : patrimoine culturel et naturel, richesse en équipements. On voit cependant se développer les flux Nord-Sud même s’ils restent faibles. Plusieurs facteurs déterminent ces flux. L’héliotropisme, la recherche de l’exotisme et la proximité.

Géographie des flux de capitaux. Moins de 25 % des IDE (Investissements directs à l’étranger) se dirigent vers les pays pauvres. Les flux de capitaux se dirigent donc en majorité vers les Centres d’impulsion de l’économie mondiale. Ce sont également les membres de la triade qui maîtrisent l’information (CNN-Fox news), même si la guerre en Irak a permis de prendre conscience de l’existence d’un géant de la communication dans le monde arabo-musulman : -al Jazirah. Grâce aux satellites, la couverture est planétaire mais des espaces restent enclavés (Afrique, Asie Centrale, Sub-continent indien). Internet a connu un essor spectaculaire depuis 15 ans : 25 millions d’internautes en 1990, 938,710 millions en 2005 (Sources : Nielsen//NetRatings, ITU, InternetWorldStats, journal du net,) Pour 2006, ce chiffre fut estimé à 1.1 milliard de personnes. De ce point de vue, également l’inégalité nord sud est apparente et une hiérarchie entre des pôles, des lieux centraux et des espaces marginalisés apparaît.

 


Conclusion : on observe donc que la mondialisation est asymétrique. Les pôles dominants du nord attirent en effet les principaux flux.

 

II Les centres d’impulsion d’une économie mondialisée.


a)Les centres d’impulsion de l’espace mondialisé, leurs caractéristiques et leurs périphéries proches.

Trois pôles constituent, en quelque sorte, des centres du monde : Les Etats-Unis, l’Union européenne et le Japon. Ils forment la Triade. Ils forment à eux trois un oligopole qui domine ainsi le monde. Les Etats-Unis constituent pôle le plus puissant et le plus complet. La particularité de l'Union européenne tient au fait que c’est une union politique et économique de 27 Etats indépendants. Malgré de nombreuses contraintes, le Japon est parvenu à devenir le deuxième pôle économique du monde, mais son poids politique sur la scène internationale est limité depuis la seconde guerre mondiale. Chacun de ces pôles étend son influence sur des zones privilégiées. La zone d’influence des Etats-Unis s’étend aux pays de l’Amérique du Nord qui constituent l’ALENA et l’Amérique Latine. Celle de l’U-E est constituée par l’Europe centrale et orientale, l’Afrique et les pays des Antilles auxquels elle est liée par des accords comme ceux de Lomé. Le Japon étend sa zone d’influence à l’Océanie, l’Asie du sud, du sud-est. Ces pays sont en même temps concurrents et complémentaires.

 

b)Les aspects de la domination de la Triade.

 Ils réalisent 70 % de la production mondiale. Ils concentrent l’essentiel de la richesse et des capitaux dans le monde : 85% de la capitalisation boursière. 83% des investissements dans le monde s’effectuent depuis la Triade. New York, Londres et Tokyo constituent un réseau qui fonctionne 24h/24h. Ce sont les grands centres de décision politique. Ils dominent de grandes organisations internationales. Les grandes aires métropolitaines Il convient de noter que les grandes agglomérations constituent aussi des centres d’impulsion de l’économie mondiale.

 

c) Les autres centres d’impulsion.

Dans le domaine des flux financiers, New York, Londres et Tokyo constituent un réseau qui fonctionne 24h/24h. Ce sont aussi les grands centres de décision politique. On y trouve de grandes organisations internationales. On constate donc que la mondialisation renforce la métropolisation : tendance structurelle à la concentration des fonctions économiques les plus stratégiques dans les villes au sommet de la hiérarchie urbaine. Ce forment ainsi un Archipel Métropolitain Mondial ( selon l'expression d'Olivier Dollfus) constitué de villes globales (Saskia Sassen) ou mondiales. On trouve également dans ces pôles de la triade des mégalopoles. (La mégalopolis, la dorsale européenne et a mégapole japonaise). Les pôles de la triade, les villes globales et les mégalopoles sont des centres d'impulsion de l'économie mondiale.

Triade : ensemble des trois pôles dominant l’espace économique mondial. Expression utilisée dès 1985 par l’économiste Kénéchi Ohmae.

Mégalopole : Une mégalopole est caractérisée par une urbanisation en continu sur plusieurs centaines de km. Elle est structurée autour d’un système efficient de transports et joue un rôle d’interface. C’est un espace qui n’est pas toujours homogène mais qui possède des centres d’accumulation et de reproduction du capital et des centres de commandement.

Conclusion : L’espace mondialisé est donc dominé par des centres d’impulsion à différentes échelles. 

 

 

III En marge, des périphéries moins développées.


a) La mesure du développement.

Pendant longtemps, on a mesuré le développement à l’aide du P.I.B par habitant. Mais le PIB /hab. est un critère économique qui ne mesure que la richesse.

 

Produit intérieur brut: valeur de la production créée par un pays à l'intérieur de son territoire. Il est calculé en faisant la somme des valeurs ajoutées des différentes branches auxquelles on ajoute la taxe à la valeur ajoutée.

Voir une représentation simplifiée du PIB .

PIB PPA : C’est le PIB à parité de pouvoir d’achat, il permet une comparaison plus rigoureuse des PIB des pays, car il tient compte de la différence des prix des produits dans les pays et des inégalités de pouvoir d’achat des monnaies.

Aujourd'hui, on préfère pour mesurer le développement, utiliser l'IDH.

IDH : indice de développement humain. Il est calculé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) qui retient : le niveau de santé (espérance de vie à la naissance ) le niveau d’instruction ( taux d'alphabétisation et nombre moyen d’années d’études ) le revenu, représenté par le PIB par habitant. L’indice obtenu est compris entre 0 et 1. Plus l'indice est proche de 1, plus le développement est avancé. Il existe d’autres critères d’évaluation du développement comme la structure de la population active. Quelles inégalités font apparaître ces différents critères ? Peut-on opposer un Nord à un Sud ?

IPH : indice de pauvreté humaine.
Le PNUD utilise des indicateurs indirects, qui mesurent l'impact de la pauvreté sur la population, et qui servent à calculer des indicateurs composites de pauvreté des revenu set des humains IPH-1 et IPH-2 (indice de pauvreté humaine).
l'IPH-1, plutôt adapté au classement des pays pauvres, est calculé à partir des indicateurs suivants : indicateur de longévité pourcentage de décès avant 40 ans.
Indicateur d'instruction le pourcentage d'analphabétisme
indicateur de conditions de vie P31 est le pourcentage de personne privées d'accès à l'eau potable ; P32 est le pourcentage de personne privées d'accès aux services de santé ; P32 est le pourcentage d'enfants de moins de cinq ans souffrant d'insuffisance pondérale (modérée ou aiguë).
l'IPH-2, plutôt adapté au classement des pays riches (il est utilisé pour la plupart des pays de l'OCDE), calculé à partir des indicateurs suivants
indicateur de longévité pourcentage de décès avant 60 ans. Indicateur d'instruction pourcentage d'illettrisme. Indicateur de conditions de vie le manque de conditions de vies décentes indicateur d'exclusion le pourcentage de personne en chômage de longue durée
L'unité des IPH est le pour cent (%), mais il ne s'agit pas d'un pourcentage de la population, il s'agit juste de l'homogénéité de la formule. Plus un IPH est élevé, plus un pays « est pauvre ». En 2000, l'IPH-1 (pays en développement) variait de 6,5 (Singapour) à 62,5 (Niger) ; l'IPH-2 (pays développés) variait de 6,7 (Suède) à 15,8 (États-Unis)
Il existe d’autres critères d’évaluation du développement comme la structure de la population active

 

b) les inégalités de développement.

L’opposition Nord-Sud : un contraste majeur. Traditionnellement, en observant les PIB par habitant, on oppose Nord et Sud, pays riches et pays pauvres. On constate cependant que la limite ainsi dessinée ne parvient pas à intégrer des pays riches du Sud (Australie, Nouvelle-Zélande). Ainsi, 85 % de la population qui vit au Sud ne se partage que 20% des richesses.

 

Tiers-Monde : Ensemble des pays en voie de développement, terme utilisé par Alfred Sauvy en 1952. En termes de développement, l’IDH des pays industrialisés s’élève en moyenne à 0,916 et celui des pays du tiers monde à 0,570. La moyenne des pays en développement est de 0.694. Celle des pays développés de l'OCDE est de 0.911

La diversité des « Suds ». Là aussi, il convient de faire apparaître la diversité des situations.

Les expressions PED ( Pays en développement) , PSD ( pays sous-développés), PVD ( pays en voie de développement ) désignent tous les pays en quête de développement

Une première proposition de classement :


PMA (expression créée en 71 par l’ONU) pays caractérisés par une grande pauvreté, des populations largement analphabètes, une faible intégration dans l’économie mondiale, une grande vulnérabilité aux famines aux épidémies et aux risques naturels. Ils sont aujourd’hui 49 contre 24 en 71. Sur ces 49 Etats , 34 sont africains. Parmi ces PMA, on peut citer, l’Ouganda, Haïti, le Rwanda.


Les NPI sont des Etats dont l’industrialisation rapide repose sur le développement des exportations avec l’aide active de l’Etat. Ils sont également bien intégrés dans les flux de marchandises de services et de touristes. L ' IDH de ces pays est supérieur à 0,7. On les trouve en Amérique latine ( Brésil, Mexique ) et en Asie (Thaïlande, Malaisie, Indonésie ).


Les pays exportateur de pétrole. se sont beaucoup enrichis après les deux chocs pétroliers, mais ils n’ont pas toujours eu de véritable politique de développement. On les a longtemps qualifiés de pays "riches mais non-développés" Paul Bairoch, même si leur niveau de développement a énormément augmenté.

 

Etats-Continents émergents. Ce sont des Etats à fort développement industriel et technologique. La Chine et l’Inde très peuplés ( 1.3 et 1.1 milliard d’habitants) , arme atomique et population majoritairement rurale. Le Brésil pourrait aussi être classé dans cette catégorie.


Un grand nombre de pays intermédiaires. ce sont des pays qui n’ont pas les handicaps des PMA mais qui tardent cependant à se développer durablement Exemples : Pays du Maghreb.

 

Les pays en transition PET : Ce sont les pays en transition. Il s’agit d’anciens pays communistes. Qui connaissent aujourd’hui encore des difficultés économiques. Pays d’Asie centrale et du Caucase issus de l’URSS. Leur classement dans le Nord ou le Sud est plus difficile.


Conclusion : Il est donc difficile de parler d’un Sud. Si bien que certains remettent en cause la notion de Tiers- monde qu’ils trouvent réductrice.


Conclusion : La carte du développement est donc aujourd'hui extrêmement complexe. Un formidable écart sépare encore les pays développés des pays les moins avancés mais la distinction entre pays du Nord et pays du sud est moins évidente. D’autant plus que les pays ne se développent pas au même rythme.


c) typologies des périphéries.

Elles sont plus ou moins intégrées et sont plus ou moins liées aux pôles de la Triade. On peut donc distinguer deux catégories de périphéries.

Les périphéries intégrées. Les régions littorales ou frontalières des NPI ou les pays émergents d’Asie ou d ‘Amérique latine reçoivent des investissements des pôles de la triade et leur exportent leurs produits manufacturés. Ex : Chine côtière. Nord du Mexique. Les pays pétroliers fournissent du pétrole aux pôles développés. L’Australie peut également être considérée comme faisant partie de cette périphérie.

 

Les périphéries enclavées ou marginalisées. Il s’agit le plus souvent de PMA ou de pays enclavés géographiquement en Afrique, en Asie centrale et en Amérique Latine Mais leurs relations avec les pôles de la triade ne sont pas nulles. Ils exportent des produits primaires. Ils importent des produits manufacturés des pays développés. Ce sont souvent des foyers d’émigration. Ils reçoivent enfin l’aide au développement des pays développés.


Conclusion : si la mondialisation de l’économie est incontestable, il convient de constater que cette mondialisation est asymétrique. Les flux de marchandises de capitaux et de personnes sont dominés par trois grands centres d’impulsion et par des agglomérations de dimension mondiale. Cette domination s’exerce sur la périphérie proche des grands pôles. On observe par contre que les régions du globe les moins développées, sont souvent marginalisées dans cet espace mondialisé. Leur intégration est inégale tout comme leur développement.