T ES et L
Le
Brésil : Un reflet de la diversité des Sud.
Le Brésil est un
pays d’une superficie de 8 511 965 km2, avec une population de 192 200 000
habitants. Pour le développement, il se classe au 76ème rang mondial avec un IDH de 0.813.
Mais la valeur de ces chiffres est à nuancer dans un pays qui pourrait être
considéré comme le troisième des Etats-continents émergents avec la
Chine et l’Inde. Par exemple dans le Nord-Ouest du Brésil, l’IDH est le plus
souvent inférieur à 0.5 et les densités ne dépassent pas les 11,3 hb/km2.
Alors avec de telles
caractéristiques, le Brésil peut-il être considéré comme une
puissance ou un Etat sous développé ? S’ il
s’agit d’un Etat sous développé, le retard dans ce domaine marque-t-il
l’ensemble de son territoire ? Si non, comment l’Etat Brésilien
cherche-t-il à réduire les inégalités spatiales et à se développer?
Quelles sont les dynamiques générées par les disparités spatiales et les
politiques de développement ?
I Les inégalités de
développement au Brésil et leurs conséquences spatiales.
a) Une inégale
répartition des hommes et des activités.
On observe une concentration
de la population et des activités sur le littoral.
Par exemple, le Sud
et le Sud Est, c’est 57 % de la population sur 18 % de la surface. Ces régions
réalisent 76 % du RNB brésilien.
Alors qu’au Centre Ouest et dans le nord de
l’Amazonie, la moyenne des densités est de 5 hb/km2
sur 64 % du territoire.
b) Un inégal
développement des régions du Brésil.
2/3 des ruraux soit
20 millions de personnes sont pauvres. Ils vivent le plus souvent sans eau et
sans électricité. Ces populations sont particulièrement représentées dans le
nord est et en Amazonie.
Par conséquent, l
’IDH du Brésil a beau être de 0.777, à l’échelle régionale, on observe de
grands contrastes.
Ainsi se
distinguent par leur pauvreté et leur retard de développement, le Nordeste et
le Nord-Ouest. Le Nordeste est la région la plus
pauvre. Certes, les cultures commerciales du littoral sont prospères; mais à
l'intérieur, la misère du Sertào rappelle
certains traits du Sahel.
Au Sud-Est, par contre, on trouve les Etats les plus
développés du Brésil.
c) Les flux générés
par l’inégal développement.
Ces disparités de
développement génèrent des flux migratoires.
Des flux migratoires
internes d’une part :
En effet on assiste
à un important exode rural des régions rurales de l’extrême Sud et du Nord-Est vers les régions
urbanisées du Sud et du Sud-Est.
Il existe également
des phénomènes d’émigration vers les pays voisins. Par exemple, il
existe une émigration brésilienne en direction de la Guyane française.
Conclusion :
Le Brésil est donc marqué par de profondes inégalités régionales et celles-ci
génèrent des flux.
II Les disparités
intra-urbaines.
a) La conséquence
des flux migratoires internes.
L’exode rural est
responsable de l’explosion urbaine au Brésil. Mais il transfère la
pauvreté des campagnes vers les villes. Les néo-urbains s’installent
dans les favelas des périphéries ou des quartiers taudifiés
des centres. Si ces migrations ont touché en priorité les
agglomérations du littoral comme Rio, Sao Paulo ou Recife (ainsi, la population
vivant dans les favelas de Rio de Janeiro est passée de 169 000 en 1950 à 1 093
000 en 2000), il concerne maintenant la totalité des villes brésiliennes
par exemple, 30 %de la population de Belém vivent dans des bidonvilles. On
observe, aujourd’hui une croissance, rapide des villes moyennes.
b) De profondes inégalités spatiales et sociales.
Dans les grandes
agglomérations du Brésil coexistent des quartiers caractérisés par une
grande richesse et des bidonvilles appelés favelas au Brésil. Les
favelas sont devenues de véritables villes dans la ville. Quartiers de
misère, d'insalubrité et de violence, les favelas disposent souvent de leur
propre organisation sociale, souvent dirigée par des bandes mafieuses. Ces
zones de mal-développement échappent parfois totalement au contrôle des
autorités publiques. Dans les quartiers où le sous emploi est massif (A Paraisopolis ,
deuxième favela de Sao Paulo , 20% des
60 000 habitants sont au
chômage), les sources de revenus des habitants sont diverses: à côté du secteur
informel, certains continuent de travailler quelques semaines par an à la
campagne.
III Politiques de développement
et d’aménagement du territoire au Brésil.
a) Historique du
développement Brésilien.
A l’issue de la
période coloniale, le Brésil était un pays à dominante agricole.
Dans l'entre-deux guerres,
le Brésil a donc d’abord cherché à se développer en exploitant et en
exportant ses ressources agricoles et minières. Ensuite, le gouvernement a
encouragé les industries de substitution des importations, ce qui a
donné naissance à des industries destinées au marché extérieur. Il produit
alors des produits manufacturés avec une
croissance annuelle de 10 % de 32 à 39 et de 6 % pendant la guerre.
Dés les années 50,
mais surtout à partir de 1960 et jusqu'à 1974, le
Brésil s’est ouvert. Il a connu une forte croissance économique avec des
taux compris entre 5 et 10 % par an (miracle Brésilien ).
La stratégie reposait alors sur le développement des exportations et l’appel à
des capitaux étrangers. (Mercedes-Benz, Fiat, Ford et Volkswagen dans le
domaine de l’automobile).
Les crises
financières des années 80 et 90 et les politiques
d’ajustement du FMI, accélèrent la libéralisation et l’ouverture de
l’économie. Depuis 1995, ce sont 150 milliards de dollars qui ont été
investis au Brésil. Cependant, ceci renforce sa dépendance vis-à-vis du nord.
b) Les politiques d’aménagement du territoire.
Depuis 1950, elles
ont été mises en place pour réaliser l’unité territoriale et promouvoir
l’égalité socio-spatiale.
En
1960, à l’initiative du président Juscelino Kubitschek, de l’urbaniste Lucio Costa et de l’architecte Oscar Niemeyer est
créée une nouvelle capitale : Brasilia ( 700 000
d’habitants (ville) 2.1 millions d’habitants (agglomération). Ce projet
s’inscrit dans une logique volontariste de développement.
Dans les années 70,
est mise en place une politique de colonisation de l’Amazonie avec
l’ouverture d’un front pionnier. Le gouvernement brésilien propose aux
paysans du Nordeste touchés par la sécheresse de s'installer le long de l’axe
de développement réalisé « la transamazonienne ». L'ancien
président brésilien Medici déclare :"Que les hommes sans terres
aillent sur la terre sans hommes".
Des plans de
réformes agraires (1985, par exemple) sont adoptés mais timidement appliqués.
Dans les villes,
l’Etat a mis en œuvre des politiques d’urbanisation visant à rebâtir en
dur et à équiper les logements de tout à l’égout mais beaucoup reste à faire.
On parle désormais de « bidonvilles consolidés ». Comme dans la
périphérie de Brasilia désormais.
Conclusion :
La volonté de développement est donc forte au Brésil. L’Etat joue d’ailleurs
dans ce domaine comme dans celui de l’aménagement du territoire, un rôle moteur .
IV Un bilan des
politiques de développement.
a) Les progrès et limites du développement
brésilien.
Les progrès :
L’affirmation d’une
puissance.
C’est une puissance
régionale. Le Brésil représente 50 % de la population et du RNB de l’ Amérique du Sud.
La deuxième
économie du Sud derrière la Chine.
Ses ressources sont importantes ( : 17 %
des réserves aquifères mondiales, 480 millions d’hectares de terres en réserve,
le 2ème patrimoine forestier, des gisements d’or et de manganèse, le premier
gisement mondial de fer ( production annelle de 240
millions de tonnes = 24 % de la production mondiale).
Une forte
intégration dans une économie mondialisée.
Il fait partie avec
l’Uruguay, l’ Argentine et le Paraguay du MERCOSUR
qui depuis 95 est une zone de libre échange.
Ses exportations
ressemblent à celles des Etats du Nord (Produit manufacturés = 65,7 %, produits
miniers = 10 %, produits alimentaires =9.9 % , produits
semi-transformés =8.2 %, produits agricoles bruts = 6.2 %). Le Brésil exporte
également des productions audiovisuelles (telenovelas)
Les limites :
Les traits du sous développement :
De profondes
inégalités se maintiennent. Il y a au Brésil des populations riches ainsi , 1 % de la population dispose de 13.3% des revenus
et 10 % de cette même population dispose de 47.5 % des richesses. En
dépit de la croissance agricole, 20% des Brésiliens souffrent de
malnutrition. Le sous-développement frappe particulièrement les campagnes
où vit encore 25 % de la population.
Conclusion :
Le Brésil est donc une puissance intégrée dans la mondialisation mais
connaissant des retards de développement. C’est peut-être pour cela qu’à Porto Alegre
il devient la tribune des Sud et de l’alter mondialisme.
b) Les limites du
développement choisi.
La politique
d'installation de paysans pauvres est souvent un échec.
Alors qu'au Brésil 182 millions d'hectares de terres détenus par de grands
propriétaires sont improductifs, 5 millions de familles brésiliennes sont sans
terre.
Les petits paysans (les
caboclos) survivent avec difficulté. Certains sont devenus des petits propriétaires
(les posseiros) sans titre officiel ou
définitif de propriété. Ces derniers sont souvent expulsés par des
spéculateurs fonciers ou des éleveurs au prix d'une violence dramatique:
environ 260 paysans revendiquant la propriété de leur terre auraient été
tués entre 1991 et 1997. Les petits paysans avaient un espoir de voir
leur sort s’améliorer avec le nouveau président Lula. Aujourd’hui déçus, ils
reprennent leurs manifestations.
Un mode de mise en
valeur qui compromet le développement durable.
Défrichements
incontrôlés, fragilité des sols, maladies parasites, difficultés à construire
des routes en milieu humide ou absence de débouchés pour les productions sont
des limites de la déforestation au Brésil. Ces
problèmes ont largement été débattus à la Conférence de Rio de Janeiro (Sommet
de la Terre, 1992)
c) Le maintien de
contrastes régionaux. (Typologie).
Le centre : Il
est constitué par le Sudeste.
Il est caractérisé
par de forte densités de population et l’existence de
villes de dimension continentale mais de réputation mondiale. Dans cette partie
du Brésil se concentrent les activités et les richesses Le « triangle
industriel » réalise 70 % de la valeur ajoutée industrielle
brésilienne. Ce triangle est donc attractif pour les candidats à l’émigration
interne.
La périphérie en
difficulté : Le Nordeste.
Caractérisée par de
grandes inégalités, c’est le Brésil le plus pauvre. Il comprend un « triangle
de la sécheresse » répulsif à l’origine de flux migratoires internes.
La Périphérie
intégrée ou en cours d’intégration.
Elle comprend le
Sud et le Sud du Centre-ouest.
Son développement
est lié au volontarisme de l’Etat (Création d’une capitale à Brasilia).Cet
espace est en cours d’intégration par le centre.
La périphérie à
exploiter ou en réserve Le Nord et le Nord du Centre-Ouest.
On peut distinguer
une zone agricole et minière en cours d’intégration grâce à un front
pionnier. Mais il manque des volontaires pour l’animer.
Une zone en
réserve avec quelques îlots de développement (nord-ouest).
Conclusion :
Le Brésil a beau être une puissance régionale, il reste l’un des pays les plus
inégalitaires. On y observe d’une part, de fortes inégalités sociales mais
également de grandes disparités spatiales. Celles-ci génèrent des flux
migratoires internes et une explosion urbaine mal maîtrisée. Des politiques
sont menées pour assurer un meilleur développement mieux réparti sur le
territoire. Des flux migratoires sont également suscités vers l’intérieur.
Comme il n’y a pas
un sud mais des sud, il n’y a pas un Brésil mais des Brésil.
Dernière mise à
jour : 05/10.