La politique extérieure de la France (1945-2017) : La France dans le monde.

 


La puissance est la capacité d'un Etat à imposer sa volonté aux autres en combinant un certain nombre de facteurs (le territoire, le poids démographique, les capacité d'innovation (smart power), la richesse économique (soft power), le rayonnement culturel (soft power), l'influence politique (soft power) et les capacités militaires (hard power)).

 

France est-elle une grande puissance ? Si oui, quels sont les aspects et les origines de cette puissance ? Comment a évolué la politique extérieure française ? Existe-t-il des constantes dans la diplomatie ? Quel est le positionnement de la France dans les relations internationales ?


I 1945 -1958 : De l'empire à l'Europe. Dissoudre l'empire colonial et construire l'Europe. La France cherche à se maintenir parmi les grandes puissances.
a) La construction de l'Europe, l'occasion d'un rapprochement avec l'Allemagne.
Au sortir de la Guerre, la France participe à l'occupation de l'Allemagne. Elle adopte alors une politique intransigeante vis à vis de l'Allemagne. Mais dès 1948, la France se retrouve, malgré ses réticences, dans l'obligation de participer avec les E-U et le R-U à ce qui a constitué l'embryon de la RFA : La trizone. En 1950, le ministre des affaires étrangères français Robert Schuman et Jean Monnet, réalisent une déclaration où ils envisagent la création d'une fédération européenne et où ils annoncent la mise en commun des productions d'acier et de charbon de plusieurs pays européens dont la France et l'Allemagne. C'est la CECA (Communauté européenne du Charbon et de l'Acier) née en 1951 qui se profile ici (Allemagne, Belgique, Italie, France, Luxembourg, Pays-Bas. Côté allemand, ce rapprochement doit beaucoup à la volonté du chancelier Konrad Adenauer. (Chancelier de 1949 à 1963 !). Si la France, accepte cette coopération dans le domaine économique, son Assemblée Nationale rejette par contre en 1954, le projet de CED (Communauté européenne de Défense. En effet en 1954, la France reconnaît la souveraineté totale de l'Allemagne. La construction d'une organisation économique se poursuit en Europe. En 1957, le traité de Rome établit un marché commun associant les 6 pays participant déjà à la CECA et donne naissance à la CEE.


b) Les relations avec les deux grands.
Pendant cette période, l'enjeu pour la France est de s'affirmer face aux deux grands vainqueurs de la seconde guerre mondiale. Elle y parvient partiellement, Winston Churchill contribue à la faire accepter parmi les puissances occupantes de l'Allemagne. La France obtient également un siège au conseil de sécurité de l'ONU.
La France fait partie des puissances occidentales (Belgique, France, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni, Danemark, Islande, Italie, Norvège, Portugal, E-U et Canada) qui s'inquiètent de la progression du communisme en Europe et dans le monde. Elle signe en 1949, le traité de Washington qui donne naissance à l'Alliance Atlantique ( OTAN).
Les limites de la puissance française apparaissent cependant à l'occasion de la crise de Suez en octobre 56. Le président égyptien Nasser avait en effet décidé de nationaliser le canal. Il remettait en cela en cause de capitaux français et britanniques. La France et le Royaume-Uni décidèrent de mettre en place une opération en coopération avec Israël pour empêcher cette nationalisation. Ils doivent finalement faire face à l’opposition et aux menaces des Etats-Unis et de l'URSS.


c) Les conséquences sur la politique étrangère française du déchirement colonial.
Dans la crise de Suez, le contexte colonial, n'est pas à négliger. En effet, la France est engagée de puis 1946, dans des conflits coloniaux. Au total, entre 1946 et 1958, la France connaît 12 ans de conflits coloniaux (Indochine, Algérie, Madagascar). Or sur la question coloniale, la France est contestée par l'ONU, les Etats-Unis et l'URSS. Ce fut notamment, le cas en octobre 56, quand la France capture par un détournement d'avion le leader indépendantiste algérien Ben Bella.

Conclusion : Grâce à l’Europe, l’OTAN et à son statut à l’ONU, la France se maintient dans le concert des nations mais les limites de son rayonnement sont déjà évidentes à l'heure où s'étiole l'empire colonial.


II 1958-1969 : Avec de Gaulle, l'affirmation de la politique d'indépendance nationale.
De Gaulle en tant que président de la 5ème république, mène la politique étrangère de la France. Dans ce domaine, il conserve de ses premières amours politiques et de son engagement dans la guerre, un attachement jaloux à la souveraineté nationale.


a) Les moyens d'une indépendance nationale.
Pour accroître la crédibilité de la France sur la scène internationale Il développe une politique de dissuasion nucléaire. En avril 1960, éclate la première bombe nucléaire Française. Il fait augmenter les crédits accordés à la défense. En 1963, il refuse un projet de force nucléaire multilatérale.
Cette politique d'indépendance passe également par un refus de l'hégémonie américaine. On parle souvent de 1966, mais dès 1959, la France retire ses forces navales méditerranéennes de l'OTAN. Elles seront suivies en 1963, par les forces de l'Atlantique. Enfin en 1966, la France retire l'ensemble de ses forces militaires du commandement intégré de l'OTAN. Les bases de cette organisation sur le territoire français sont d'ailleurs démantelées.


b) Une politique d'équilibre entre les deux grands.
Cette attitude est complétée par une politique d'équilibre entre les deux grands qui n'est pas sans provoquer la colère des Etats-Unis.
Ainsi en 1960, Nikita Khrouchtchev est en visite à Paris. En juin 1966, de Gaulle est à son tour en URSS. Il se rend également en Pologne en 1967 et en Roumanie en 1968. Entre temps en 1964, la France à reconnu la République Populaire de Chine. En 1966, comble des provocations, à Phnom Penh (Cambodge), de Gaulle prononce un discours où il condamne l'intervention américaine au Vietnam.


c) La politique européenne de Gaulle.
En ce qui concerne la construction européenne, de Gaulle est contre une Europe supranationale. Il s'inquiète également de l'influence des Etats-Unis en Europe. C'est pourquoi il s'oppose à l'intégration dans la CEE du Royaume-Uni. Il a certainement en tête cette déclaration faite par Winston Churchill " Sachez que chaque fois qu'il nous faudra choisir entre l'Europe et le grand large, nous choisirons toujours le grand large ".
De Gaulle, poursuit le rapprochement avec l'Allemagne. Par exemple en janvier 1963, est signé à Paris, un traité de coopération Franco-allemande.


d) La volonté de renforcer l'influence française dans le monde.
La coopération est renforcée. Une part importante du revenu national lui est consacrée. Dans le même ordre d'idée des accords de défense ou d'assistance sont signés avec des Etats africains, anciennes colonies pour la plupart. C’est la grande époque du réseau « France-Afrique » aujourd’hui dénoncé par le gouvernement. 
De Gaulle soutien également les aspirations nationales. En juillet 1967, il affiche son soutien au mouvement indépendantiste du Québec. Il déclare, en effet, " vive le Québec libre ". Dans les années 60, la politique française devient favorable aux pays arabes. Par exemple, à la suite de la guerre des six jours en 1967, il condamne les annexions israéliennes. A cette occasion, il utilise une expression ambiguë qui continue à susciter de nombreux commentaires. Il déclare, en effet au sujet des israéliens : " un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur ".

Conclusion : De Gaulle eu donc deux objectifs majeurs : maintenir pour la France le statut de grande puissance, préserver la souveraineté et l'indépendance nationale.


III Ruptures et continuité dans la politique étrangère française depuis 1969.
Les successeurs de Gaulle poursuivent-ils sa politique ?


a) Georges Pompidou.
Il poursuit de nombreux aspects de la politique Gaullienne. En 1970, il se rend en visite en URSS. En 1971, Léonid Brejnev lui rend la visite. La même année, il réalise une tournée en Afrique. Sous son mandat des armes sont vendues à la Libye. La politique de dissuasion nucléaire est maintenue.
Mais, il est favorable à une accélération de l'élargissement de la CEE. En 1972, les Français répondent positivement au référendum sur le principe d'un élargissement de la CEE au Royaume-Uni. En 1973, la Grande-Bretagne, l'Irlande et le Danemark adhèrent à l'Europe.


b) Valéry Giscard d'Estaing.
VGE maintient le contact avec l'URSS. En 1974, Brejnev est en France. En 1975 VGE se rend en URSS où il fleurit la tombe de Lénine. En 1975, il réunit une conférence sur la coopération économique internationale. Il mène également une politique favorable aux pays arabes au Moyen-Orient. Sous son mandat, l'intégration croissante dans l'Union européenne se poursuit. Ainsi en 1979, a lieu la première élection du parlement européen au suffrage universel.


c) François Mitterrand.
Avec François Mitterrand se poursuit la politique franco-africaine des réseaux héritée en partie de l'ère gaullienne. Mais on assiste sous son mandat à un rapprochement dans les faits avec les Etats-Unis. En 1991, la France participe à la coalition pendant la guerre du Golfe. J-P Chevènement, ministre des affaires étrangères n'accepte pas lui cette attitude et démissionne. Sous son mandat débute la baisse des budgets militaires, les essais nucléaires sont d'ailleurs suspendus, même si la défense française reste basée sur le principe de dissuasion.


d) Jacques Chirac.
Jacques Chirac est un gaulliste, mais durant sont premier mandat, sa politique étrangère n'est pas tout à fait orthodoxe. Certes, il reprend en juin 1995, les essais nucléaires, mais en 1996, la France réintègre l'organisation militaire de l'OTAN sans se soumettre à son commandement intégré. La France s'engage à Nice à contribuer à la mise en place d'un corps d'armée européen (eurocorp -plusieurs dizaines de milliers d'hommes). L'influence de la France recule en Afrique et le couple franco-allemand bat de l'aile. La politique pro-arabe de la France est poursuivie au Proche-Orient. Par exemple en 1996 ; Jacques Chirac répond sévèrement à un agent de sécurité israélien qui bousculait des journalistes alors qu'il bavardait avec des palestiniens dans le vieux Jérusalem. La visite rendue par Dominique de Villepin à Yasser Arafat s'inscrit dans la même logique.
Il faut noter une petite inflexion de la politique étrangère avec Lionel Jospin ; car en 2000. En voyage officiel en Israël, le Premier ministre condamne les " attaques terroristes " du Hezbollah. Les étudiants de l'université de Bir Zeit lui jettent des pierres.
En 2003, Jacques Chirac adopte face aux Etats-Unis une posture gaullienne en refusant dans la crise irakienne le recours à la force avant la fin de la mission des inspecteurs de l'ONU. Cette attitude l'amène à se rapprocher de l'Allemagne.

 

e) Nicolas Sarkozy.

La politique étrangère  de Nicolas Sarkozy est-elle en rupture avec la tradition française ? Certains voient dans la décision de regagner le commandement intégré de l’OTAN adoptée en mars 2009, un alignement sur la politique étrangère des Etats-Unis et une perte d’indépendance. Le gouvernement actuel motive sa décision en expliquant qu’il s’agit de corriger une anomalie puisque la France participait à des opérations militaires de l’OTAN comme en Afghanistan sans prendre part aux décisions. Par ailleurs, les relations avec l’Allemagne connaissent actuellement des hauts et des bas. Berlin reprochant parfois à Paris sa suractivité diplomatique. En Israël, la popularité de Nicolas Sarkozy semble plus grande que celle de ses prédécesseurs.  En Afrique, il veut instituer de nouvelles relations. La France semble donc suivre de nouvelles directions en matière de politique étrangère de. Mais elle a du mal à tenir ce cap lorsqu’elle est amenée à intervenir ouvertement en Libye et plus prudemment en Côte d’Ivoire cette année.

 

f) François Hollande et Emmanuel Macron.

C'est François Hollande qui a eu la lourde charge de gérer la vague d'attentats de 2015. Il n'a pas hésité à adopter la figure de responsable militaire à plusieurs reprises en engageant par exemple les force françaises au côté du Mali, lorsque la capitale Bamako était menacé par une coalition de nationalistes touaregs et d'Islamistes. Emmanuel Macron se présente actuellement comme un égale de Donald Trump ou d'Angela Merkel. Il souhaite d'ailleurs relancer le processus européen alors que ce dernier est remis en cause par le Brexit. Son dernier déplacement à Abou Dhabi et à Ryad semble indiquer qu'il veut que la France maintienne son influence au Moyen Orient.

 

IV La France dans le monde aujourd'hui.

La puissance d'un Etat est déterminée par la combinaison de différents facteurs. Elle dépend ainsi de sa superficie, de la maîtrise du territoire, de son poids démographique, de ses capacités économiques et militaires, de son influence politique et de son rayonnement culturel. Alors, la France est-elle une grande puissance ?

a) La superficie et le poids démographique ne font pas la puissance de la France .

La France, avec 550 000 km2, soit 0.7 % des terres émergées, est un Etat de taille moyenne. Sa superficie est complétée par la possession des DOM COM (DOM : Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion- COM : collectivités d’Outre Mer) qui ajoutent à la superficie métropolitaine 95 000 km2. Il faut ajouter à cela le fait que les habitants de Mayotte ont voté leur départementalisation en mars 2009 ( +376 km2 et 186 452 habitants), même si ce processus n’est pas reconnu par l’ONU et l’Union Africaine. Grâce à ses mêmes DOM COM et à son littoral, la France possède une ZEE (Zone Economique Exclusive) de 11 000 000 de Km2. (2ème rang mondial derrière les EU). Avec 63 000 000 (65 avec les DOM COM) habitants, la France ne représente que 1 % de la population mondiale.

 

b) Une réelle puissance économique.

La France serait aujourd’hui au 5ème rang mondial pour le PIB. La France est membre du G8 ( EU, Japon , RU, France, Italie, Canada, Allemagne, Russie) qu’elle préside ces jours-ci.

C'est une puissance agricole. C'est le deuxième exportateur mondial de produits agro-alimentaires. C'est également la première destination touristique au monde avec 70 millions de visiteurs étrangers par an. On constate que ce développement économique se réalise surtout en partenariat avec les voisins européens puisque les 2/3 des échanges et 60 % des IDE se font dans la zone UE.

 

c) Une réelle influence politique.

Cette influence repose sur plusieurs éléments:

La France est membre permanent du conseil de sécurité à l'ONU. Elle détient donc un droit de veto. C'est de cette tribune qu'elle s'est opposée en 2003, au principe d'une intervention préventive en Irak . Elle est également membre de l'OTAN. Sa puissance politique repose également sur les liens qu'elle entretient avec le tiers-monde et les anciennes colonies. En 2003, la France se situait au 3ème rang pour l'aide publique au développement (APD). Elle représente en effet, 0.39 % du PIB français. Elle coopère avec les pays en développement. Cette coopération peut concerner le domaine de la défense. Ainsi, la France est intervenue en 2003 en Côte d'Ivoire. Elle est aussi présente en Afghanistan. Mais son influence en Afrique est désormais remise en cause par les EU et la Chine.

Dans le domaine militaire, la France possède la dissuasion nucléaire.

 

d) Un rayonnement culturel existant mais limité.

Le Français est la 9ème langue du monde par le nombre de locuteurs (69 000 000 répartis sur une cinquantaine de pays). Désormais la Francophonie, organisation culturelle devient une institution politique. La France a des moyens de promotion de sa culture comme l’Alliance Française, RFI, ou France 24 mais ses capacités ne sont pas comparables à celles des EU, de la Chine ou du Royaume Uni.

 

e) Une puissance menacée.

Les attentats qui se sont multipliés depuis Charlie Hebdo (janvier 2015) et le 13 novembre 2015, montrent que la France reste exposée à la menace terroriste. Elle réagit en s'impliquant  en Syrie-Irak face à Daech (opération CHAMMAL) et au Sahel (opération BARKHANE).

 

Conclusion : La France est donc une puissance moyenne à vocation mondiale, compte tenu en particulier de ses choix affirmés en matière de politique étrangère. Sous de Gaulle, les pivots de la politique étrangère française sont établis. Si cette politique a connu quelques inflexions dans le domaine de la construction européenne, elle fait apparaître depuis 1969 quelques constantes (politique pro arabe, indépendance nationale, réconciliation franco-allemande).

 

Dernière mise à jour : 11-17.

 

Auteur : Nérée Manuel